Les échecs, star de Noël grâce à la formidable série Netflix « le jeu de la dame »

L’année 2020 sera surprenante jusqu’au bout. Le jeu Mario Kart Home Circuit (qui transforme votre salon en circuit virtuel Mario Kart) sera comme prévu le best-seller de Noël. Mais à ses côtés figure l’improbable jeu d’échecs. On croyait l’échiquier en inexorable déclin depuis que l’intelligence artificielle Deep Blue a mis fin à la suprématie humaine sur le jeu en battant le grand maître russe Garry Kasparov. Il semblait condamné à rejoindre le bridge et le trivial pursuit au rayon des jeux démodés. Mais voilà que la série Netflix « le jeu de la dame » (the Queen’s Gambit) sur les échecs est venue ranimer la flamme de la passion pour le Roi, la Reine, le Fou, la Tour et le Cavalier. Depuis les inscriptions dans les clubs explosent. Et surtout le jeu jusqu’ici royaume du mâle à lunettes se féminise. Enfin une bonne nouvelle pour terminer 2020.

Le jeu de la dame formidable série Netflix sur les échecs

Je me suis laissé emporter par les aventures de Beth Harmon jeune orpheline prodige des échecs. Le décor de la série nous emmène dans l’Amérique du début des années 60, reconstituée avec brio, avec ses femmes en longue robe et permanente impeccable déambulant au milieu des grosses Chevrolet et Cadillac. Un univers délicieusement désuet que nous avions déjà redécouvert dans la série Mad Men.

Et puis il y a les parties d’échecs. Je ne m’y connais pas vraiment. Mais les spécialistes saluent le réalisme avec lequel la série reconstitue l’intensité de ces combats cérébraux. La série nous initie aux charmes du roque, de la défense sicilienne et du déplacement de chaque pion.  La dramaturgie du jeu est ponctuée par le clic des pendules mécaniques. Les affrontements entre Beth et le russe Borgov m’ont immanquablement rappelé les terribles duels Federer Djokovic.

Une série portée par le numéro d’actrice d’Anya Taylor-Joy

Anya Taylor Joy le jeu de la dame (Source Netflix)

L’héroïne est affreusement tourmentée. Elle boit, elle fume, prend des cachets. La série en fait un peu trop dans le pathos. Mais peut-il en être autrement avec ce jeu qui rend fou comme le narrait Stefan Zweig dans son livre le joueur d’échec. Netflix accentue bien sûr le côté adolescente torturée « badass » de Beth, à l’instar du personnage de Eleven dans Stranger Things. Le géant américain a un public à fidéliser!

Mais le jeu de l’actrice Anya Taylor-Joy permet d’emporter la mise. Elle se métamorphose au cours de la série d’adolescente renfermée en jeune femme charismatique vedette du championnat du monde. Cette mue s’accompagne d’une transformation complète de sa garde-robe. La série est un véritable défilé de mode. La costumière de la série Gabriele Binder nous régale de ses créations, inspirées par Pierre Cardin, Andy Warhol ou par le look d’icones des 60’s comme Françoise Hardy. A chaque scène sa tenue qui s’accorde parfaitement avec le contexte. Génial!

La série Netflix provoque un engouement massif pour les échecs

La série est le succès surprise de cette fin d’année sur Netflix. Avec 62 millions de spectateurs, elle a battu le record de vues pour une série dans les 28 jours suivant sa sortie. Le succès est planétaire comme pour un blockbuster hollywoodien. Elle a été numéro 1 dans 63 pays dont les Etats Unis. Après la casa de papel et son hymne Bella Ciao, Netflix démontre une nouvelle fois sa capacité à nous emmener sur des chemins de traverse inattendus.

Le succès de la série provoque un engouement mondial pour les échecs. Le site en ligne Chess.com a vu sa fréquentation bondir de 50% entre octobre et novembre. L’échiquier est la star surprise de la hotte du père Noël  : «Nous avons doublé nos ventes en ligne de jeux d’échecs depuis le 23 octobre, date de sortie de la série Netflix, par rapport à la même période l’an dernier »  rapporte au Figaro Franck Mathais, le porte-parole du groupe Jouéclub.

Cette série féministe transformera-t-elle définitivement le monde très masculin des échecs?

Judit Polgar la plus grande joueuse d’échecs de l’histoire

Encore plus sympathique, la série conduira sans doute à une féminisation sans précédent du jeu. Beth se confronte tout au long de la série à un univers des grands maîtres d’échecs exclusivement masculin. On la dévisage, on la prend de haut. Elle réplique sur l’échiquier avec ses ouvertures originales jusqu’au fameux échec et mat. Le jeu de la dame est une série authentiquement féministe.

Judit Polgar, la plus grand championne d’échecs de tous les temps confirme le climat ultra-machiste dans lequel elle a évolué tout au long de sa carrière. Garry Kasparov avait déclaré à son sujet « C’est inévitable, elle sera rattrapée par sa nature. […] Elle a beaucoup de talent, mais c’est une femme après tout. Et cela nous ramène aux imperfections de la psyché féminine. Aucune femme ne peut tenir sur des batailles aussi longues. » … jusqu’à ce qu’elle le batte en 2002!!! Il regrette aujourd’hui ses propos.

La fédération française d’échecs ne comptait jusqu’à présent que 20% de joueuses parmi ses licenciés. Mais cela pourrait changer. Les aventures de Beth Harmon provoquent une ruée féminine vers les clubs d’échecs comme l’illustre ce reportage d’Europe 1. Une tendance qui reste à confirmer, un renfort bienvenu pour le programme Smart Girls 2020 de la fédération.

A quand une Beth Harmon du digital?

Ce phénomène me rappelle mon enfance quand le dessin animé Jeanne et Serge avait provoqué des inscriptions massives des filles vers les clubs de volley. Cette série nous montre la puissance d’un modèle positif, « un rôle modèle » inspirant pour faire évoluer les comportements.

Alors je me prends à rêver : après les échecs, à quand une héroïne Netflix des sciences, de l’informatique et du numérique qui conduirait enfin à une féminisation de toutes ces professions?

 

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Commentaires (4)
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  • JEAN-CLAUDE LEBRUN

    Merci pour cet excellent papier sur ce jeu formidable, qui non seulement a traversé les siècles mais attire de nouveaux pratiquants grâce à la nouvelle technologie !

    • Ban500

      Les échecs croisent effectivement l’actualité à intervalles réguliers :
      – en 1972, le duel Boris Spassky / Bobby Fischer passionne le monde entier en pleine guerre froide
      – en 1997, le match Kasparov / Deep Blue marque le grand retour de l’intelligence artificielle

      Les années passent et les échecs fascinent

  • Yannick

    « à quand une héroïne Netflix des sciences, de l’informatique et du numérique » ce genre de personnage existe déjà dans la culture pop (sans nul doute également sur Netflix d’ailleurs), et ce depuis de nombreuses années : il suffit de voir Penelope Garcia dans Criminal Minds (esprits criminels en vf) ou encore Lisbeth Salander dans Millenium.
    Concernant la vague de nouveaux joueurs d’échecs, personnellement, j’attends de voir : c’est un jeu qui demande de l’investissement si on veut jouer à un minimum de niveau, et j’ai peur que ce genre de nouveaux joueurs puissent changer de lubie en fonction de l’activité du personnage de la prochaine série à la mode (pourquoi serait-ce différent avec les échecs ?)

    • Ban500

      Vous avez raison pour Lisbeth Salander. Mais je ne crois pas qu’elle ait eu un impact comme « role model ». L’identification à son personnage est sans doute plus difficile. Sur la mode des échecs, on verra si c’est un feu de paille ou un mouvement plus durable. Je suivrai car c’est intéressant.