Entre ici Simone Veil

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Simone Veil entre au Panthéon. Je regarde la cérémonie et j’en ai la chair de poule. Simone Veil faisait partie de ces quelques personnes de notre temps aux qualités et au destin extraordinaires. Le devoir de mémoire passe par l’école. L’esprit et la vie de Simone Veil ont traversé mon année : elle était à l’honneur du programme de ma fille au collège. La cérémonie est digne et émouvante. Le discours d’Emmanuel Macron est à la hauteur de l’événement comme souvent en pareilles circonstances. Pourtant le malaise est palpable. L’Europe est en crise et il flotte comme un doute. Arriverons-nous à préserver l’héritage de Simone Veil?

La vie de Simone Veil c’est d’abord l’horreur de la Shoah. Elle est déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz. Son père, sa mère et son frère ne reviendront eux pas des camps. Elle gardera marqué dans son corps le terrible tatouage dont elle dira : « nous ne sommes plus des personnes humaines, seulement du bétail. Un tatouage, c’est indélébile. C’était sinistrement vrai. À compter de cet instant, chacune d’entre nous est devenue un simple numéro, inscrit dans sa chair ; un numéro… ». Elle fera graver ce maudit numéro 78651 sur son épée d’académicienne.

J’avais été profondément marqué par la lecture du livre de Jorge Semprun l’écriture ou la vie. Il y expliquait, comment de retour des camps, il avait dû choisir entre raconter sa déportation et sa survie. Ecrire le ramenait à la mort. Il avait choisi la vie. Après les camps, Simone Veil s’est de même reconstruite dans l’action et le combat. Combat pour faire de brillantes études à un moment où ça n’avait rien d’évident pour les femmes, combat contre le mauvais traitement des prisonnières, combat pour sa célèbre loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse, combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes…

Surtout combat pour l’Europe, le combat de sa vie. Elle avait compris que Français et Allemands devaient se réconcilier pour éviter que l’horreur ne se reproduise. Quelle leçon d’Humanité que de tendre la main et de prôner le rapprochement avec un peuple qui avait exterminé une partie de sa famille et persécuté les juifs. Elle déclarait  « La situation de paix qui a prévalu en Europe constitue un bien exceptionnel, mais aucun de nous ne saurait sous-estimer sa fragilité. » Elle s’est donc battue toute sa vie pour faire avancer la construction européenne prenant notamment  la présidence du parlement européen en 1979.

Mais les peuples européens rejettent aujourd’hui massivement cette vision qui devait nous mener vers une Europe fédérale. L’Europe ne les fait plus rêver. Les pays de l’Union Européenne n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une vision alternative à ce projet fédéraliste devenu utopique. L’intégration par l’économie a montré ses limites. Le nationalisme est de retour en Europe. L’Union Européenne se fracasse sur la question des migrants. Comme l’a dit Emmanuel Macron dans son discours devant le Panthéon :  » les vents mauvais à nouveau se lèvent sur l’Europe »

Qu’aurait-dit Simone Veil dans ces circonstances? La question était sur toutes les lèvres lors de la cérémonie. Comment aurait-elle réagi à la funeste phrase du chancelier autrichien Sebastian Kurz annonçant l’intention des ministres autrichien, allemand et italien de l’Intérieur de créer un «axe» pour lutter contre l’immigration clandestine. « Ne tuons pas Stefan Zweig une deuxième fois » écrivais-je cet automne. La situation s’est depuis singulièrement dégradée avec l’arrivée au pouvoir d’une inquiétante coalition populiste en Italie.

Simone Veil nous aurait sans doute appelé au combat pour la défense des idées et des valeurs européennes. Elle se serait probablement reconnue dans cette partie du discours d’Emmanuel Macron : « Rien ne serait pire que renoncer à l’espoir qui a fait naître l’Europe des ruines où elle s’était ensevelie et où elle aurait pu périr. Nous sommes aujourd’hui les dépositaires de ce défi aux vieilles nations qu’elle ne cessa de vivifier. Ce défi est le nôtre, celui de la jeunesse de France et d’Europe, alors que les vents mauvais à nouveau se lèvent. Il est notre plus bel horizon. »  Puisse la mémoire de Simone Veil nous donner la force de mener ce combat pour inventer l’Europe de demain et embarquer de nouveau les peuples dans cette aventure collective.

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1 commentaire
  1. Ben dit

    Un beau film à voir et revoir avec nos jeunes collégiens et lycéens : Les héritiers, de Marie-Castille Mention-Schaar, qui mêle intelligemment le passé et le présent.

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