Top Gun Maverick : décadence ou magie d’Hollywood

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Week-end caniculaire à Paris, temps lourd, actualité lourde, morne semaine électorale. Avec la tragique guerre en Ukraine, l’époque était plutôt détonante qu’étonnante et avait mis en sourdine pour quelques mois mes « velléités littéraires » de blogueur. Alors que faire sous ce cagnard? Je me laissai embarquer « à l’insu de mon plein gré » au cinéma pour voir le dernier blockbuster américain « Top Gun : Maverick ». Je ne gardais qu’un souvenir approximatif de l’épisode 1 et de son tragique duo Maverick Goose. Pas vraiment amateur de gros moteurs qui vrombissent, je n’attendais pas grand chose de ce film, hormis la fraîcheur d’une salle obscure. Mais critiques et notes sur Allociné étaient pourtant dithyrambiques. Hollywood allait-il me surprendre?

Top Gun Maverick, film démodé pour les boomers?

Au début du film, je ressens un profond agacement. Tom Cruise sur sa moto sans casque arrive à vive allure sur une base expérimentale de l’aéro-navale américaine. Il a vraiment une tête à claques ce Tom Cruise. Et puis ce modèle du mec américain sur sa grosse cylindrée sur fond de drapeau stars and stripes!!! Tout cela me semblait tellement dépassé et me donnait un furtif instant l’envie de soutenir les adeptes de la déconstruction masculine du mouvement woke.

Sans compter l’empreinte carbone de Maverick… un maxi émetteur de CO2. Entre motos et avions, ce film est une véritable machine à transformer les dollars en gaz à effet de serre. Et puis je trouvais déplacé cet éloge nationaliste du pilote d’essai qui fait joujou avec le dernier prototype de l’aviation américaine à un moment où le Donbass croule sous les vraies bombes.

Je grommèle dans mon siège sur ce héros décidemment très XXème siècle, nième remake du rebelle américain façon Luke Skywalker… sauf que Tom Cruise a presque 60 ans. Ma voisine me donne un coup de coude réprobateur sur le thème « ne gâche pas mon plaisir ».

Top Gun Maverick ou le talent de raconteur d’histoire d’Hollywood

Et puis je me suis laissé prendre par l’histoire. Au moment où il devenait vraiment trop agaçant, Tom Cruise a habilement tourné en dérision son personnage. Sa vanité l’amène au crash du dernier prototype de l’armée américaine. Il revient à Top Gun, l’académie des meilleurs pilotes par la petite porte. Il va malgré tout y instruire la crème de la crème des jeunes pilotes de l’aéronavale.

Cette bande de jeunes va d’ailleurs commencer par vider manu militari du bar des aviateurs le vieux Maverick. Ils sont bien sûr beaux machos et musclés (à l’exception du geek de service) mais la femme pilote du groupe, forte tête, ne s’en laisse pas compter et ridiculise les excès de testostérone.

Vient ensuite le temps de l’entraînement pour « une mission impossible ». Pour atteindre la cible et détruire les installations d’enrichissement en uranium d’un grand méchant, les chasseurs F18 devront passer par un parcours semé d’embûches. Le réalisateur du film nous entraîne alors dans des courses poursuite aériennes ahurissantes. Les caméras embarquées nous font vivre le ballet aérien comme si on y était. Les 170 millions de dollars de budget du film transparaissent brillamment à chaque scène.

A l’américaine, les acteurs ont subi un entraînement intensif de vol pour un maximum de réalisme comme l’illustre la vidéo ci-dessous. Ils ont dû encaisser physiquement les G jusqu’à en vomir. Le film s’inspire clairement du jeu vidéo. Les scènes de vol du 1er opus restaient obscures pour le non-initié. Là on s’y croirait vraiment. Quand arrive la scène finale avec décollage depuis un vrai porte-avion, le spectateur connaît par cœur les subtilités du parcours que devront réaliser les pilotes… en 2 minutes 30! On part avec eux en mission.

Il y a bien sûr une histoire d’amour même si l’actrice du 1er film a été mise au placard : trop vieille, trop grosse! La rencontre avec Val Kilmer le rival du film original devenu amiral et rongé par la maladie :  tragique et émouvant parallèle avec l’éclatante santé de Tom Cruise.  Le lien entre Maverick et le fils de Goose tout comme « le team building » n’échappent pas aux clichés mais finissent par nous emporter.

Bref Hollywood sait toujours nous raconter des histoires et jouer avec nos émotions. Le film a progressivement balayé mes réticences. Top Gun Maverick est indiscutablement un bon film. Il est d’ailleurs en tête du box office depuis quelques semaines.

Hollywood finira-t-il par créer un role model durable?

Malgré tout, mes réserves initiales demeurent. Is Top Gun: Maverick Completely Electrifying or Totally Embarrassing? titre avec brio le magazine Vogue. Ce conte de fée est profondément irréaliste et ne se confronte pas vraiment aux enjeux du moment. Ca n’est pas avec les Maverick et autres touristes de l’espace que l’on évitera la catastrophe climatique.

Pourtant l’humanité a besoin de héros mobilisateurs pour bouger. Netflix a sorti avec brio Don’t look up en début  d’année… avec des anti-héros. Hollywood saura-t-elle inventer un « sustainable Maverick »?

 

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