Réchauffement climatique : la route de l’Arctique

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Pour cet article, Étonnante Époque accueille un nouvel auteur, qui comme beaucoup a vécu un été chaud, très chaud. Les fenêtres ont beau être ouvertes, pas un souffle d’air ne vient refroidir la température de votre appartement parisien. Pire, en cette fin de journée, le béton des autres immeubles recrache toute sa chaleur et vous suffoquez. Je repense alors à un de mes amis, qui me parlait de son combat dans sa copropriété pour végétaliser son toit et le faire isoler. On comprend là que remplacer une tonne de gravillons par des végétaux permettrait d’absorber une partie de cette étouffante chaleur. D’autant plus que les canicules sont annoncées toujours plus nombreuses dans cette période de réchauffement climatique.

La terre se dérègle, le monde chauffe. Chaque année, le jour où nous avons fini d’épuiser les ressources que la Terre peut produire en une année s’avance dans le temps. Cette année ce fut le 1er août, en 2010 c’était le 8 août, en 2000 le 23 septembre, en 1980 le 3 novembre et on estime que jusqu’en 1970 une année ne suffisait pas à épuiser l’ensemble des ressources naturelles.

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE : DES PORTE-CONTENEURS AU MILIEU DES ICEBERGS

Dans cet immense changement climatique, il ressort des nouvelles étonnantes, inimaginables il y a encore quelques années. Le 20 août, la compagnie maritime danoise A.P. MOLLER – MAERSK a annoncé officiellement l’ouverture de sa ligne arctique. Le but : offrir un service régulier de porte-conteneurs entre Vladivostok et Saint Petersburg par la route qui passe au nord de la Russie. Cette fameuse zone arctique, longtemps terrain de chasse des brise-glace nucléaires soviétiques.

De même que la fonte du permafrost permet de mettre à jour des objets préhistoriques toujours plus nombreux, la débâcle des glaces permet d’envisager une utilisation durable de cette route. A terme ce trajet permettrait de gagner deux semaines de voyage entre l’Asie et l’Europe. Cela représente une diminution de 20% pour un voyage de 70 jours actuellement.

Un porte-conteneurs moderne consomme en moyenne 150 tonnes de fuel par jour. Les coûts de carburant représentent 45% des frais fixes du navire. Je vous laisse imaginer l’économie. Une bonne nouvelle en entraînant une autre, cela permettra de baisser les coûts de transport et d’accroître la rentabilité des productions lointaines. Et ainsi de contribuer encore davantage à la croissance des flux inter-continentaux. Et à terme d’accroître encore les émissions de CO2 qui font chauffer la planète. La boucle est bouclée.

DES VIGNES EN ANGLETERRE

Et que penser des investissements de certaines maisons de champagne dans le sud de l’Angleterre ? La maison TAITTINGER a récemment franchi le pas, acquérant 60 ha précédemment plantés de pommiers dans le comté du Kent. La maison VRANKEN-POMMERY a débarqué en 2015 dans le Hampshire et commercialise LOUIS POMMERY England. Ce soudain intérêt n’est en rien une des conséquences du Brexit mais bien une spéculation climatique. Le réchauffement général fait que la vigne remonte vers le nord de l’Europe. Un précédent a déjà eu lieu au Moyen-Age. Une période de réchauffement climatique avait permis à certains monastères anglais de se lancer dans la plantation de vignobles.

Deux exemples de l’adaptabilité de l’être humain mais aussi de sa capacité à toujours plus exploiter son habitat. Ainsi le réchauffement climatique serait le fruit d’un arbitrage permanent entre profit et planète ? La plupart du temps au détriment de cette dernière ? Preuve supplémentaire : l’accélération du réchauffement est concomitante avec la Révolution Industrielle. La révolution numérique l’accélère.

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE : UN IMMENSE DÉBAT

Ce qui est intéressant sur le sujet du climat c’est qu’il est incertain et qu’il donne lieu à autant d’interprétations qu’on en a besoin. Depuis les scientifiques qui affirment, en s’appuyant sur l’histoire du climat, que l’ensemble de l’histoire climatique est cyclique et que cet épisode n’est qu’un cycle de plus, aux scenarii les plus noirs qui envisagent une fonte des glaces du Pôle Sud accompagnée d’une montée des eaux de soixante mètres, la variété des théories est énorme.

Et chaque saison amène des arguments aux deux camps. La terre se réchauffe ? Pas du tout, regardez il n’a jamais neigé autant que cet hiver. A Val d’Isère, il est tombé près de huit mètres de neige en cumulé cette saison, contre 4,5 mètres l’année dernière, 5 mètres en 2013 et 2 mètres en 2009. Rappelez-vous votre désespoir devant un hiver authentique.

Il ne se passe rien, tout est normal? 2017 a été l’année la plus chaude, en dehors des phénomènes El Nino, jamais enregistrée. L’étude de l’Agence Américaine d’Observation Océanique et Atmosphérique nous indique que seize des dix-sept années les plus chaudes ont eu lieu depuis 2001. En juillet, il faisait 32,5°C à Kvikkjokk en Suède, pile sur le cercle polaire. Le nombre d’événements climatiques exceptionnels (feux, canicules, crues, tempêtes) a plus que doublé en moyenne en Europe entre 1986 et aujourd’hui. Avec une palme spéciale pour les inondations et crues qui ont quadruplé.

MAIS ALORS QUE FAIRE ? 

Même les surfeurs ont peur : l’étude « Projected changes in wave climate from a multi-model ensemble » publiée dans la revue Nature Climate Change cette année, nous indique que la taille moyenne des vagues est amenée à diminuer en Atlantique Nord. Vous qui vous rêviez en digne héritier de Keanu Reeves surfant avec le gang des Ex-Présidents dans Point Break . Hâtez- vous d’enfiler votre combi et de plonger dans les eaux de l’Atlantique, car il sera bientôt trop tard !

N’arrivant pas à nous mettre d’accord sur le constat, c’est tout aussi compliqué de le faire sur les solutions! Car le raccourci est de penser que diminuer les émissions de CO2, c’est se priver du progrès, voire détruire des emplois. Que la lutte contre le réchauffement climatique est une mode dans les pays les plus développés, où une partie de la population comblée et saturée par la société de consommation se laisse bercer par le mythe du retour à la nature ou de la décroissance. On se heurte dès lors à une logique de temps. Ne rien changer et jouir du court terme ou bien tout changer pour le bien du long terme et profiter différemment de l’instant présent. Mais comme le disait John Maynard Keynes : « à long terme nous serons tous morts ». C’est peut-être bien là le problème de fond !

Mise à jour du 27/04/2019

À l’occasion du Forum Arctique à Saint-Pétersbourg, la Russie et son président Vladimir Poutine ont présenté un programme très ambitieux de développement de ports et d’infrastructures tout au long de la nouvelle « route maritime du Nord ». Les russes y voient une opportunité de développement de ces régions riches de ressources naturelles rendues accessible à cause du changement climatique. Mais elles sont aussi écologiquement fragiles et étaient jusqu’à présent préservées. 

 

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