Changement d’heure : l’Union Européenne sonne la fin

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Vendredi soir 19h00 pile, à la une du journal radio du soir : l’Union européenne souhaite abolir le changement d’heure. Chaque état devra choisir s’il reste toute l’année à l’heure d’hiver ou à l’heure d’été. Adieu le rituel deux fois par an du réglage des montres et horloges. Adieu le marronnier médiatique du débat sur les conséquences terribles sur notre rythme de sommeil et la sécurité routière. Bousculé dans mes petites habitudes, cette annonce me met de mauvaise humeur. De quoi l’Europe se mêle-t-elle? Les technocrates bruxellois « pondeurs de normes » se sont attaqués à l’ultime norme : ils vont changer la règle du temps. En creusant le sujet pour cet article, je me suis aperçu que ça n’était pas si simple. Sur ce sujet, l’Union Européenne a pour une fois associé les citoyens européens. 

Je vous le disais, ma réaction initiale fut l’agacement : je croyais que notre Président était le maître des horloges. J’entendais déjà les nationalistes de tout genre dénoncer une nouvelle atteinte à notre souveraineté et déclencher un débat stérile. Et puis dans le même temps, l’Europe se déchire sur les sujets d’immigration, les populistes sont au pouvoir en Italie , les néo-nazis sont dans la rue en Allemagne. L’Airbus de l’intelligence artificielle ne semble pas prêt de naître pendant que les GAFA et leurs équivalents chinois BATX avancent à grands pas sur les technologies de demain. Ce sujet me paraissait donc symptomatique des errements de la construction européenne. Pourtant si précieuse, elle s’est progressivement coupée des peuples et est souvent absente des grands enjeux stratégiques de notre monde.

Mais revenons au changement d’heure. L’idée est née pendant la 1ère guerre mondiale pour faire des économies de charbon. Après une interruption entre 1945 et 1976, elle revient au moment du 1er choc pétrolier, toujours avec l’objectif de faire des économies d’énergie. Drôle d’idée de faire machine arrière à un moment où le réchauffement climatique rend encore plus indispensable l’efficacité énergétique : l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas.

En fait la mesure est peu efficace. Elle permet certes de faire des économies d’énergie mais celles-ci demeurent marginales comme l’explique clairement des études récurrentes menées par l’ADEME. L’amélioration de la performance énergétique des technologies d’éclairage dans les logements a rendu les gains de plus en plus faibles chaque année. L’annonce de l’arrêt du changement d’heure coïncide d’ailleurs avec la fin de la commercialisation des ampoules halogènes définitivement remplacées par les LED.

Se posait dès lors la question de la pertinence de cette mesure contestée par une partie de l’opinion publique. Personnellement, je n’ai jamais vraiment ressenti de véritable gêne avec le changement d’heure. Après quelques jours, c’est une affaire oubliée. L’heure d’été est appréciable pour les longues soirées qu’elle permet pendant les mois estivaux. Mais une grande majorité des français considère ce changement comme pénible avec des impacts notamment sur leur sommeil et leur santé même si aucune étude scientifique ne vient corroborer ce sentiment.

L’Union Européenne s’est donc saisie du sujet. Elle a pour cela organisé une consultation publique sous forme d’un questionnaire à remplir sur Internet entre début juillet et mi-août ouvert à tous les citoyens européens. Score impressionnant : quelques 4.6 millions d’Européens ont répondu à ce questionnaire (notamment 4% des allemands). Résultat sans appel : plus de 80% des internautes se sont déclarés favorables à la suppression du changement d’heure. On peut certes objecter que ce « référendum » en ligne a sans doute plus mobilisé les opposants que la masse des indifférents. Mais l’engouement suscité par ce questionnaire lui donne un indiscutable légitimité démocratique. On est donc loin d’une décision prise par des eurocrates éloignés du terrain dans leurs bureaux bruxellois.

Je vous parlais d’une construction européenne qui s’est coupée des peuples. Le succès de cette consultation publique offre de nouvelles perspectives pour les autorités européennes pour un dialogue direct avec les peuples transcendant les frontières. On pourra certes arguer qu’il s’agit d’un sujet relativement secondaire. On imagine difficilement une consultation sur des sujets plus sensibles comme celui des migrants. Je préfère voir le verre à moitié plein d’une mobilisation populaire réussie par la Commission sur un sujet qui préoccupe les citoyens. C’est ce qu’on appelle faire de la politique.

Pour l’avenir, le succès de cette consultation fera date. Restera maintenant, pays par pays, à décider si on préfère rester à l’heure d’hiver ou à l’heure d’été. D’intéressants débats en perspective. D’ici là cet hiver, nous changerons encore d’heure, peut-être pour la dernière fois.

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1 commentaire
  1. Baron dit

    Bien d’accord !
    Le sujet ne me parait pas fondamental mais le processus est porteur d’Espoir pour l’Europe

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