Fabuleux destins autour du vaccin partie 2 : Ugur Sahin, Özlem Türeci BionNTech les “Curie allemands de la Covid”

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Dans la 1ère partie de notre article, nous vous relations l’incroyable parcours de la chercheuse hongroise Katalin Kariko de la Hongrie communiste aux Etats Unis à l’origine des découvertes décisives sur l’ARN messager pour la réalisation du vaccin. Elle travaille désormais pour BioNTech l’entreprise allemande qui a mis au point un des vaccins en partenariat avec l’américain Pfizer. C’est justement l’histoire étonnante de cette biotech et de ses fondateurs Ugur Sahin et Özlem Türeci que nous racontons pour cette 2ème partie de notre article consacré aux fabuleux destins autour d’un vaccin.

Ugur Sahin immigré turc arrivé en Allemagne à l’âge 4 ans

Özlem Türeci et Ugur Sahin.
Özlem Türeci et Ugur Sahin

Ugur Sahin est né en 1965 en Turquie. Il émigre en Allemagne à l’âge de 4 ans avec sa mère pour rejoindre son père ouvrier à la chaîne dans une usine Ford à Cologne. Au cours de ses études de médecine, il fait la rencontre à l’hôpital universitaire d’Hambourg d’Özlem Türeci, aujourd’hui son épouse avec qui il a fondé BioNTech. Elle est également d’origine turque mais née en Allemagne d’une famille plus aisée avec un père chirurgien.

Ugur Sahin est spécialiste en médecine moléculaire et immunologie. Özlem Türeci est elle chercheuse en oncologie. Leur passion commune est la recherche de traitements innovants contre le cancer. Une vie de chercheurs : la légende raconte qu’après la célébration de leur mariage en 2002, ils ne peuvent s’empêcher d’aller faire un tour au laboratoire.

Avant BioNTech, le succès de Ganymed la 1ère start-up fondée par le couple

Les deux jeunes médecins fondent en 2001 une première société Ganymed Pharmaceuticals qui développe des anticorps monoclonaux pour détecter et traiter le cancer. Cette première société connaît un très grand succès.

Le couple la revend en 2016 pour 1.3 milliard d’€ à une société pharmaceutique japonaise, Astellas Pharma. Ugur Sahin et Özlem Türeci auront donc fondé en moins de 10 ans deux start-ups milliardaires. Ils décident alors de se consacrer au développement de leur autre société BioNTech fondée en 2008. 

BioNTech une start-up pour faire des thérapies individualisées contre le cancer une réalité

BioNTech logo Ugur Sahin

Comme Ganymed, BioNTech cherche à développer des traitements contre le cancer. En l’occurrence, elle est spécialisée dans le développement d’immunothérapies utilisant des technologies innovantes comme l’ARN messager. Ces traitements consistent à stimuler les défenses immunitaires de l’organisme pour qu’elles s’attaquent aux cellules cancéreuses et les détruisent.

La vision de BioNTech est de proposer des immunothérapies anticancéreuses personnalisées en fonction de la pathologie de chaque patient. “Imaginez que vous puissiez personnaliser une thérapie anticancéreuse pour chaque patient, en fonction des caractéristiques génétiques de la tumeur et la fournir de manière reproductible, opportune et rentable.”  déclare Uqur Sahin sur le site Internet de la société.

2018-2019 levée de fonds de massive, entrée au Nasdaq et partenariat avec Pfizer

Mais le savoir-faire de BioNTech en matière d’ARNm a d’autres débouchés potentiels que la lutte contre le cancer. En 2018, BioNTech signe avec Pfizer un partenariat pour le développement d’un vaccin contre la grippe utilisant la technologie d’ARN messager pour un montant de 425 millions de dollars.

2019 marque la montée en puissance de BioNTech comme l’une des biotechs européennes les plus importantes. En août 2019, la société lève 1.3 milliards de dollars par le biais de placements privés d’actions et de collaborations. En octobre, elle fait son entrée au Nasdaq valorisée 3.4 milliards de dollars.

File:Pfizer-BioNTech COVID-19 vaccine (2020) D (cropped).jpg - Wikimedia Commons

2020 Ugur Sahin décide de lancer le projet “lightspeed” de vaccin contre le coronavirus

Dès janvier, Ugur Sahin acquiert la conviction que la Covid-19 a tout pour devenir une pandémie mondiale. Il décide alors de basculer l’ensemble des ressources de l’entreprise des thérapies anticancéreuses vers la recherche du vaccin. Özlem Tureci confie «Je me souviens du jour précis, le 24 janvier, où nous avons pris la décision à la table du déjeuner». Logo pfizer free image

Le projet baptisé Lightspeed mobilise immédiatement une quarantaine de chercheurs, multipliant les heures supplémentaires. 20 candidats vaccins sont développés très rapidement. Mais BioNTech est vite conscient qu’il ne sera pas en mesure de réaliser les essais cliniques auprès de 40.000 volontaires nécessaires à la validation du produit.

La société décide donc début mars de se rapprocher de Pfizer. En 3 jours, les 2 partenaires trouvent un accord. Pfizer prendra en charge les coûts liés au développement du vaccin et aidera à construire les usines pour la production. BioNTech et Pfizer devraient se partager les revenus du vaccin contre le covid, estimés à 3,5 milliards de dollars rien qu’en 2021.

2020 Ugur Sahin et Özlem Türeci milliardaires symbole d’intégration réussie

BioNTech vaut désormais 20 milliards de dollars en bourse et notre couple a fait son entrée dans le top 100 des plus grosses fortunes outre-Rhin. En quelques semaines, ils sont devenus malgré eux des “super-stars” en Allemagne. Ils symbolisent le Mittelstand allemand du XXIème siècle plus biotech que machines-outils. Et surtout, ils représentent un exemple formidable d’intégration réussie pour la communauté turque qui compte 2.7 millions de personnes.

Mais cette soudaine médiatisation n’est pas vraiment naturelle pour Ugur Sahin et Özlem Türeci. Le chercheur apparaît dans ses interviews humble, sérieux, pas vraiment le style patron exubérant à la Elon Musk. Il refuse d’ailleurs d’être érigé en modèle d’intégration : “J’aurais pu”, dit-il, “aussi bien être d’origine espagnole ou allemande”. Mais a-t-il vraiment le choix à l’heure où les questions identitaires sont aussi fortes en Allemagne qu’en France?

Un vaccin “greco-turc” !!!!

Un dernier clin d’œil de l’histoire : l’accord entre Pfizer et BioNTech est aussi une affaire de confiance entre leurs 2 PDG comme l’explique Albert Bourla le PDG de Pfizer dans un article du New York Times. Albert Bourla est de nationalité grecque et de religion juive. Le vaccin Pfizer BioNTech est donc le fruit d’une collaboration entre un juif grec et un turc musulman. Pour une fois, la Covid-19 nous réserve une bonne surprise!!!

Bouton à suivre - Cyclo Nord Sud

Cet article vous a intéressé, découvrez la 3ème partie consacrée à Stéphane Bancel le PDG milliardaire de Moderna

Si vous l’avez manqué, retrouvez la 1ère partie consacrée consacrée à l’incroyable destin de Katalin Kariko la chercheuse qui a permis une avancée décisive en matière de thérapeutique utilisant l’ARN messager.

 

 

 

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