Le blues de Katmandou

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Katmandou, j’attendais ce voyage avec gourmandise. J’avais la chance de me rendre dans cette ville mythique qui avait fait rêver les hippies, Katmandou haut lieu de la spiritualité bouddhiste, Katmandou le point de départ des expéditions vers l’Everest. Je m’imaginais une cité de taille modeste avec ses temples, entourée de gigantesques montagnes, une cité qui inviterait à l’élévation spirituelle. Je vous emmène donc avec moi en voyage à Katmandou. Mais je dois vous prévenir, ce voyage réserve quelques douloureuses surprises et nous met face à des défis majeurs de notre Étonnante Époque.

Bienvenue au Népal, bienvenue à Katmandou. Dès la sortie de l’aéroport, la ville grouille de monde. Je vous l’ai dit : je m’étais représenté une paisible bourgade avec vue sur l’Himalaya, une sorte d’Annecy d’Asie. Et me voilà plongé dans un indescriptible chaos urbain. Sur une route en terre, piétons, voitures et scooters se livrent une lutte sans merci. Ici la loi du plus fort prévaut : le piéton s’arrêtera sans hésitation face au scooter qui lui fera de même face aux 4 roues.

Katmandou une des villes les plus polluée au monde

Ne pensez pas y respirer le bon air des montagnes, ni d’ailleurs vraiment les voir. Enfoncée dans une cuvette, Katmandou est l’une des villes les plus polluées au monde. Elle est en permanence entourée d’un brouillard de pollution. Malgré l’absence d’industrie, on y respire le même air qu’à Séoul au début des années 80. Un chiffre frappant : la pollution aux particules fines (500 microgrammes par m3) y est 5 fois supérieure au seuil (110 microgrammes) qui déclenche la circulation alternée à Paris. Les scooters pétaradent, la trottinette électrique n’est pas encore arrivée au Népal. 

Une urbanisation anarchique

Il faut dire que Katmandou est aujourd’hui une très grande ville à la croissance anarchique. Son agglomération compte plus de 3 millions d’habitants, c’est 3 fois plus qu’il y a 20 ans. Cette urbanisation galopante aurait déstabilisé plus d’une cité. À cela est venu s’ajouter le terrible tremblement de terre de 2015 (d’une magnitude de 7.9, il a fait près de 10.000 morts et 8 millions de sinistrés). Immeubles en ruines, routes défoncées, la ville porte encore les terribles stigmates de la catastrophe. Elle ne s’en est pas remise. Le Népal demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète. Les difficultés à reconstruire illustrent l’incurie du gouvernement népalais.

Katmandou

Nous visitons la ville. Nous voici devant la stupa de Bodnath. Ce sanctuaire est l’un des hauts lieux du bouddhisme népalais. Nous en faisons trois fois le tour conformément à la tradition locale. Moment de grâce que cette déambulation autour de la stupa. La place a complètement été restaurée. L’esprit spirituel du Népal y souffle. Mais mieux vaut ne pas trop regarder l’envers du décor. En s’éloignant de 50 mètres de la place, on retombe dans la vraie ville : poussières, déchets, embouteillages, klaxon… La place apparaît comme un décor de théâtre idyllique noyé dans un enfer urbain.

Katmandou

Après le tremblement de terre, la vie a repris ses droits

Nous étions à Katmandou au moment du nouvel an. Comme dans toutes les villes du monde, les habitants célébraient avec enthousiasme et bonne humeur ce passage à la nouvelle année sur leurs scooters pétaradants. Leur joie était sympathique et communicative.

Katmandou bruissait tout simplement du bonheur simple de la vie. Et pourtant la ville va dans le mur, notamment pour ses ressources en eau. Les deux rivières qui traversent la capitale, la Bagmati et la Bishnumati, ont un niveau de pollution aux phosphates et à l’ammoniaque qui les rendent désormais impropres à la consommation. L’état népalais a entrepris des travaux titanesques pour détourner la rivière Melamchi et éviter la pénurie d’eau. Mais pour combien de temps?

Alors que faire? Interdire les scooters, faire des pistes cyclables et introduire des trottinettes électriques!!!! Priver encore un peu plus ceux qui ont déjà peu : impensable. On touche là aux limites des tenants de la décroissance pour toute l’humanité. On voit tragiquement à Katmandou que pauvreté et préservation de l’environnement ne sont pas vraiment synonymes. La seule solution pour Katmandou est le développement, un développement durable au sens premier du terme.

Je me prends alors à rêver. Je repense Séoul, même pollution au début des années 80. La Corée en 30 ans est devenue l’un des pays les plus prospères de la planète. Sa capitale a continué à grossir mais son air même s’il n’est pas parfait, s’est assaini au même niveau que Paris. En 30 ans! Je rêve de revenir en 2050 à Katmandou et d’y contempler l’air pur des montagnes dans celle qui serait devenue une petite Séoul de l’Himalaya. J’espère ne pas être qu’un doux rêveur.

Mise à jour du 18/06/2019

Il n’y a pas que Katmandou qui soit touchée par la pollution. Les autorités népalaises viennent en effet de terminer la “2019 Everest Cleaning Campaign”. Bouteilles d’oxygène abandonnées, tentes déchirées, cordes, canettes… ils ont ramassé pas moins de 14 tonnes de déchets sur les pentes de la plus haute poubelle du Monde, conséquence d’un afflux massif d’alpinistes à la conquête du toit de la planète. 

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