Bella Ciao tube de l’été 2018 grâce à Netflix

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Sur la route des vacances : pour apaiser les filles, j’accède enfin à leur demande d’écouter NRJ. Quelle n’est pas alors ma surprise d’entendre parmi les tubes de l’été un remix de Bella Ciao. Rien ne prédestinait cette chanson à devenir un tube planétaire. C’est la série la Casa de Papel produite par Netflix qui a remis au goût du jour ce chant des partisans italiens provoquant un énorme effet boule de neige. Étonnante époque où la très capitaliste Netflix transforme en tube mondial un chant révolutionnaire italien pour le meilleur et pour le pire.

BELLA CIAO LE CHANT DES PARTISANS ITALIENS

Cette chanson a pour moi un air de petite madeleine. J’ai pris pendant des années la ligne 6 du métro pour aller travailler. Un Italien chantait en s’accompagnant à la guitare des chansons classiques de son pays : volare, lasciatemi cantare… Il transportait d’émotion tout le wagon et terminait son tour de chant par Bella Ciao. Une journée commencée avec le chanteur de la ligne 6 débutait bien. Je ne m’étais alors jamais vraiment demandé quelle était l’origine de cette chanson.

Bella Ciao est le chant des partisans italiens combattant l’alliance entre les troupes allemandes nazies et les troupes italiennes fascistes pendant la seconde guerre mondiale. Il s’inspire d’un chant de révolte des saisonnières employées dans les rizières de la Plaine du Pô au début XXème siècle. La mélodie poignante en a fait un hymne des résistants du monde entier. Je vous invite à écouter la magnifique interprétation qu’en a faite Yves Montand.

Un matin, je me suis levé / O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao / Un matin, je me suis levé, / Et j’ai trouvé l’envahisseur.

Hé ! partisan emmène-moi / O bella ciao, bella ciao, bella …. ciao ciao / Hé ! partisan emmène-moi, / Car je me sens prêt à mourir
Et si je meurs en partisan / O bella ciao, bella ciao, bella ….ciao ciao / Et si je meurs en partisan, / Il faudra que tu m’enterres.
Que tu m’enterres sur la montagne / O bella ciao, bella ciao, bella …. / Que tu m’enterres sur la montagne, / À l’ombre d’une belle fleur
Tous les gens qui passeront / O bella ciao, bella ciao, bella ….ciao ciao / Et les gens qui passeront / Me diront « Quelle belle fleur »
C’est la fleur du partisan / O bella ciao, bella ciao, bella ….ciao / C’est la fleur du partisan / Mort pour la liberté

BELLA CIAO LE PHÉNOMÈNE CASA DE PAPEL

Rien ne laissait présager que cette chanson devienne le tube planétaire de l’été 2018. La chanson était plutôt cantonnée à la fête de l’Huma, aux manifestations du Front de gauche ou aux fêtes folkloriques italiennes. C’était avant le phénomène Casa de Papel. Il faut regarder cette improbable série. Rassurez-vous, je ne vais pas vous en dévoiler (spoiler comme disent les ados) l’intrigue.

Une bande de braqueurs a l’idée géniale de s’attaquer à l’imprimerie nationale des billets « la casa de papel ». Ces Robins des Bois des temps modernes, à la fois hyper-professionnels et complètement baltringues, affublés des désormais mythiques masques de Salvador Dali ont ainsi l’intention de réaliser le casse du siècle mais un casse qui ne coûtera rien à personne. A la fin de la 1ère saison, on voit un flashback avec les deux héros scellant leur alliance en chantant Bella Ciao.

Cette série espagnole a connu un succès mondial inattendu. Certes, elle a bénéficié de la force de frappe de Netflix mais elle n’était pas en langue anglaise. Netflix a eu le nez creux misant sur cette histoire. Ted Sarandos le directeur des contenus chez Netflix déclarait à ce propos en avril dernier : « Notre conviction est que les grandes histoires dépassent les frontières. Quand des histoires provenant de différents pays, langages et cultures trouvent une plateforme mondiale où la seule limite est l’imagination du créateur, alors ces histoires uniques et universelles émergent et sont accueillies par un public mondial. ». Au final, je pense que même Netflix aura été surpris par l’ampleur du succès.

C’est alors l’emballement pour Bella Ciao que les adolescents se mettent à chanter dans les collèges et les lycées. La machine à fric de récupération se met alors en route : pitoyable reprise en français par des chanteurs à la mode comme Maître Gims et Slimane qui en font … une chanson d’amour. Plus pathétique encore l’interprétation par le DJ Jean Roch dont je vous joins la vidéo. Comment réagirions-nous si Shakira ou Justin Bieber venaient interpréter le chant des partisans accompagnés de danseuses en partie dénudées? Il ne manque plus à Bella Ciao qu’à être repris par un groupe de K-pop.

BELLA CIAO L’IDEOLOGIE DE LA CASA DE PAPEL

Revenons maintenant sur l’idée originale des créateurs de la série Casa de Papel d’utiliser Bella Ciao comme hymne des braqueurs de la série. Quelle belle trouvaille, cohérente du moins en apparence avec la chanson : les braqueurs de la série viennent du peuple, ils vivent leur braquage comme un geste de révolte contre un état oppresseur. Ils sont prêts à mourir pour leur cause.

Mais le parallèle s’arrête là. Leur but ultime est de devenir riche pour réaliser leurs rêves individuels. On est bien loin du combat des partisans pour établir la dictature du prolétariat. Leur ennemi tout au long de la série, c’est l’état incarné par la police qui assiège la casa de papel. On se rapproche plus de l’idéologie libertarienne « minimum government, maximum freedom » chère aux GAFA dont je vous parlais dans l’article « pourquoi les GAFA font tout pour ne pas payer d’impôts »

Je ne suis en fait guère surpris que Netflix ait été séduit par le scénario de la série. J’y vois outre la proximité idéologique une métaphore de l’histoire de l’entreprise : Netflix la petite start-up hyper-professionnelle mais aussi un peu baltringue qui fait un hold-up sur le marché mondial de la télévision et du divertissement avec une capitalisation boursière qui dépasse maintenant celle de Disney.  Netflix disrupte, « dynamite, disperse, éparpille façon puzzle » ses concurrents.

 

« C’est la lutte finale, groupons-nous et demain l’Internationale sera le genre humain » : après Bella Ciao, l’Internationale pourrait être le nouvel hymne de Netflix dans sa « lutte finale » contre Disney pour la suprématie « internationale ». Attention cette lutte s’annonce rude car Disney possède dans ses troupes les super-héros de Marvel et les jedis de Starwars.

 

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1 commentaire
  1. Graveg dit

    Au risque de flirter trop près des frontières de l’inconscient je serais tenter de mettre en lien cet article avec celui sur stephan zweig.
    Je pense aussi que ce phénomène comporte des traces, une réminiscence de quelque chose qui n’est pas totalement oublié…. refoulé devrais je dire.

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