Émeute au Nutella

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Il s’en passe des choses dans nos hypermarchés. Il y a quelques mois, je vous parlais des pénuries de beurre suite à l’affrontement entre producteurs et distributeurs. L’impitoyable monde des grandes surfaces alimentaires est de nouveau en effervescence. Émeutes en série chez Intermarché. À l’origine : 3.29€, soit la différence entre 4.70€ (prix normal d’un pot de Nutella) et 1.41€ (le prix promo à -70%) affiché par le distributeur. Attroupement et cohue dès la mise en rayon.

Il faut dire que le Nutella est un produit passionnel. Personnellement, je trouve ça dégueulasse. Mais si je dis cela à mes filles, je me fais conspuer. Il suffit de prononcer l’expression crêpes au Nutella pour susciter chez elles excitation et enthousiasme. Je les vois bien se battre pour en manger à la cuillère. Pour d’autres, le Nutella est un produit du diable. Il concentre toutes les tares de l’industrie agroalimentaire : son ingrédient principal est l’huile de palme, il est hyper-calorique et trop sucré, bref, une catastrophe en termes de bilan environnemental et un déclencheur d’obésité de masse.

Paradis pour les uns, enfer pour les autres, il n’en fallait pas plus pour que quelques bousculades déchaînent les passions (le terme émeute largement repris dans la presse est largement exagéré). Certains sociologues (plutôt à gauche mais c’est un pléonasme) en ont tiré de grandes analyses sur la paupérisation d’une partie de la population pour qui le Nutella serait devenu un produit de luxe. On a vu fleurir des statistiques et des cartes géographiques corrélant les lieux du crime et le niveau de vie des quartiers alentours. C’est sans doute en partie vrai mais un peu hâtif. Je pense que ça aurait aussi pu jouer des coudes dans mon prospère Monoprix.

J’y vois surtout une énième dérive de la société de consommation qui joue trop avec nos désirs. Cette histoire de Nutella est la transposition, à l’âge adulte, des bousculades entre gamins pour accéder au plateau de bonbons. Jetez un morceau de pain dans l’eau et vous verrez les poissons se battre pour l’attraper. Intermarché a joué de manière malsaine avec nos pulsions primaires. Mais j’ai peur qu’on ne retienne surtout que c’est le coup marketing de l’année. La DGCCRF dira si Intermarché a contrevenu aux règles sur la revente à perte ou s’il a utilisé à son avantage la législation sur les soldes.

Et puis, j’ai une petite pensée pour le directeur commercial de Nutella qui a dû passer quelques jours intenses.

 

Mise à jour du 10 mars 2018 :

Dans l’affaire Nutella, la DGCCRF a ouvert une enquête. Les premières conclusions de l’enquête semblent indiquer qu’ Intermarché a bien abusé des règles sur les soldes pour vendre à perte. Dans le même temps, l’enseigne enregistre un bond spectaculaire de sa part de marché. Intermarché risque 375K€ d’amende, une somme dérisoire par rapport à la publicité générée par cette opération.

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