QAnon le complot avec un grand Q

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Plantons tout de suite le décor. Un haut fonctionnaire du ministère américain de l’énergie baptisé Q dénonce sur Internet un complot mené par une élite mondiale corrompue pour dominer le monde. Le président américain cherche aussi à lutter contre cette cabale mais ne peut révéler au grand public son combat. Q le lanceur d’alerte a lui les mains libres. Réussira-t-il à mobiliser l’opinion en appui au président? Cette nouvelle série Netflix s’annonce pleines de rebondissements. Ah non, il ne s’agit pas d’une série mais de la réalité. La mouvance QAnon soutient Donald Trump contre une soi-disant conspiration de l’état profond dirigée notamment par Hillary Clinton et George Soros. Plongée dans ce mouvement complotiste : au départ confidentiel, il connaît un immense succès sur Internet. Et la théorie QAnon s’invite dans la campagne électorale américaine.

Le succès phénoménal de QAnon

QAnon est un mouvement récent. Il apparaît le 28 octobre 2017 avec le 1er message de Q publié sur le forum anonyme 4Chan. Q annonce la couleur dès son premier message. Il y prédit l’arrestation imminente de Hillary Clinton (alias HRC). Les faits le démentiront, mais n’en déduisez pas que Q raconte des balivernes. Cela démontre au contraire que le puissant état profond (deep state) a pu une nouvelle fois protéger les époux Clinton malgré leurs crimes. Bienvenue dans le monde paranoïaque de QAnon!!!

En 3 ans, la théorie a conquis une large partie de l’opinion publique américaine. Des centaines de milliers d’Américains suivent des milliers de pages Facebook et Twitter promoteurs de QAnon. Selon un sondage réalisé par Civiqs début septembre 2020, 33% des électeurs républicains indiquent qu’ils croient que “la théorie QAnon d’un complot de la part des élites de l’état profond est pour l’essentiel vraie” (the QAnon theory about a conspiracy among deep-state elites is “mostly true). Ce résultat vous semble peut-être hallucinant. Il montre la profondeur de la fracture de l’opinion publique américaine.

QAnon ou la dénonciation du complot de tous les complots

deep state

Q, un haut fonctionnaire délibérément anonyme, (QAnon : Q Anonymous) révèle au grand public le terrible combat mené par Donald Trump contre les élites satanistes de l’état profond. Selon Q, cette cabale composée de patrons, de politiciens essentiellement démocrates (même si Bush père et fils ne sont guère épargnés), de stars d’Hollywood, de hauts fonctionnaires notamment de la CIA.… ne se contente pas de contrôler secrètement le monde. Elle couvre également un trafic massif d’enfants à des fins pédophiles. Le complot est bien sûr mondial.

Il y a un côté mystique quasi-religieux dans le mouvement QAnon. On y a foi dans la parole de Q qui révèle le vrai combat du bien contre le mal. Le “prophète” annonce “the great awakening” (le grand réveil) du peuple qui déclenchera “the storm” (la tempête). Cette tempête pas vraiment pacifique se traduira par l’arrestation de milliers de traîtres qui seront envoyés à Guantanamo. Pour mener ce combat est épique, QAnon a besoin de soldats, en l’occurence de “digital soldiers” . Ces mousquetaires des temps modernes se rassemblent sur la toile autour du hashtag #WWG1WGA (Where We Go One, We Go All).

Vous trouvez cela délirant. Normal!!! Vous lisez trop les médias traditionnels qui sont bien entendu contrôlés par les têtes du complot, les fameux “fake news media” dénoncés par Donald Trump. Vous vous dites : encore une nième théorie du complot typique de l’extrême droite américaine façon Alex Jones.

La puissance du story telling de Q sur les réseaux sociaux

Mais si QAnon n’est pas nouveau dans son idéologie, le mouvement est profondément original dans sa forme, exclusivement digitale. Il est né sur les forums Internet 4Chan, 8Chan, Reddit puis s’est diffusé de manière virale sur Facebook et Twitter. Pas de leader incarné, pas de parti politique constitué, pas de locaux, QAnon est un modèle de communication 100% digitale particulièrement performant!!!

Image

Le story-telling de QAnon façon série Netflix est particulièrement intéressant. Il repose sur une idée “géniale” : la création d’un personnage “Q” qui doit rester anonyme pour se protéger de ses ennemis. Q est mystérieux, intrigant. De quoi susciter l’intérêt. Vient ensuite la forme des messages. Q n’assène pas ses vérités, il préfère poser des questions. Ses adeptes pourront y apporter leurs réponses grâce aux liens sur la toile proposés par Q. Il se revendique héritier de Socrate et de sa maïeutique. En bon prophète, Q envoie des messages souvent énigmatiques. Ils laissent la place à l’interprétation individuelle et surtout ouvrent la voie à commentaires et exégèses qui feront le buzz sur les réseaux sociaux.

Et puis Q est prolixe. Il a à ce jour publié près de 5000 messages en 3 ans. Pour ses soutiens, c’est un véritable feuilleton. Q comme un influenceur nourrit quotidiennement sa communauté par ses posts. Il est en quelque sorte le Kylie Jenner du conspirationnisme, un vrai pro du marketing digital.

QAnon soutien inconditionnel de Donald Trump

L’autre originalité de QAnon est son soutien inconditionnel à Donald Trump. Le président américain joue un rôle central dans le récit de QAnon. Trump est à la tête du combat contre la cabale de l’état profond corrompu. Mais il ne peut pas tout dire au public. Cela explique selon Q les fréquentes circonvolutions trumpiennes. Curieuse théorie qui dénonce un complot omnipotent dont le principal opposant est l’homme supposé le plus puissant au monde.

Des supporters de Trump arborent désormais T-shirt et banderoles à la lettre Q dans ses meetings. C’est ainsi que le mouvement a été révélé au grand public. Bien que QAnon soit sous surveillance du FBI (qui l’identifie comme une menace terroriste potentielle), Donald Trump se refuse dans la vidéo ci-dessus à le condamner :” I understand they like me very much which I appreciate” .

Dans la continuité du “Tea Party”, la théorie QAnon commence d’ailleurs à irriguer le parti républicain. Une cinquantaine de candidats du parti aux futures élections au congrès appartiennent à la mouvance QAnon. Parmi eux, Marjorie Taylor Greene. Cette négationniste du 11 septembre a remporté au mois d’août la primaire Républicaine dans l’état de Georgie et fera vraisemblablement son entrée au congrès. Son incroyable vidéo de campagne postée sur Twitter donne le ton…

Les réthoriques de QAnon et de Trump sont bien souvent convergentes : dénonciation des médias traditionnels ou le fameux “drain the swamp”. En début d’année, l’idée saugrenue de combattre le coronavirus en buvant du MMS (Miracle Mineral Solution) une sorte d’eau de javel se répand parmi les adeptes de QAnon. Cette idée sera reprise par Trump… Le coronavirus a globalement constitué un formidable accélérateur pour le mouvement.

Amazon.com: Q Pipe Drain the Swamp WWG1WGA Qanon Mug: Kitchen & Dining

 

Le coronavirus formidable accélérateur pour la diffusion de QAnon

Le confinement lié au coronavirus a déclenché une épidémie de théories du complot. Q ne pouvait laisser une telle opportunité pour diffuser ses idées. Q explique que le Covid-19 une manœuvre des  démocrates en lien avec le gouvernement chinois pour discréditer le bilan de Trump avant l’élection présidentielle.

The Sift : QAnon's faithful | Local reporter harassed | Twitter's new warnings — News Literacy Project

Le Covid rend les partisans de  QAnon particulièrement imaginatifs : le coronavirus certainement une création du duo  Barack Obama / docteur Anthony Faucy ou bien de Bill Gates en vue de vacciner l’humanité entière. Résultat de ces multiples buzz, jamais l’audience de QAnon n’a été aussi forte.

Q colle à l’actualité. Il se régale des rebondissements de l’affaire Epstein scandale sexuel qui éclabousse Bill Clinton. Et les incendies de Californie lui donnent actuellement l’occasion d’accuser les démocrates à la tête de l’état “how do you obtain FED money? Declare a State of Emergency and request billions in assistance? Welcome to CA.” Les antifas (groupes d’extrême gauche) seraient bien sûr les incendiaires.

Censurer ou ne pas censurer, le dilemme des réseaux sociaux

Alors que faire face à l’explosion de la popularité de QANon sur les réseaux sociaux? Facebook et Twitter ont finalement décidé de passer à l’action. Twitter a supprimé fin juillet 7000 comptes et réduit la visibilité de 150.000 comptes liés à QAnon, Facebook a lui supprimé fin août 900 pages et groupes. Les partisans de QAnon crient au complot. Q les avait depuis longtemps averti que le mouvement devrait faire face à la censure. Alors les digital soldiers sont prêts au combat et comme les têtes de l’hydre de Lerne, les comptes de QAnon repoussent quand on les coupe.

Au final, cette censure est-elle productive ou contre-productive? En victimisant QAnon, la censure des réseaux sociaux n’accrédite-t-elle pas ses thèses complotistes? Quel équilibre entre censure et liberté d’expression? Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Une chose est sûre, la réaction des réseaux sociaux est bien tardive et leurs algorithmes coupables. Mieux vaut tard que jamais?

 

 

 

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