Richard Orlinski

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Nous avions déjà découvert ses statues d’animaux en résine de couleurs en haut des pistes de Courchevel. Elles nous accueillent dans notre visite de la petite ville de Saulieu : crocodile, gorille, panthère rythment agréablement la promenade dans Saulieu. Une de mes amies qui travaille dans l’art ne partage pas notre enthousiasme. Elle s’indigne : « ce sont de pâles copies des œuvres de Xavier Veilhan ». Ne connaissant ni l’un ni l’autre, je ricane sottement. Je fais tout de même une recherche sur Internet et je me rends compte avec stupéfaction que les œuvres d’Orlinski ont indubitablement un lien de parenté avec celles de Veilhan.

Je découvre là, par hasard, une saga où la réalité dépasse la fiction. Richard Orlinski est ce que l’on appelle un sculpteur people. Il compte parmi ses clients les stars du show-business en France comme aux États-Unis (Sharon Stone, Pharell Williams). Ses œuvres ornent les hôtels de luxe et sont opportunément présentées dans les lieux touristiques huppés : de Courchevel à Aspen en passant par Saint Tropez. Il est aujourd’hui le sculpteur français qui vend le plus dans le monde. Richard Orlinski est un véritable businessman. Les ventes de ses œuvres se chiffrent en millions de $ et son atelier emploie plus de 100 personnes. Il sait coller à l’actualité créant opportunément un Pikachu lors de la folie Pokémon Go, s’associant avec Disney. On a même vu ses sculptures dans la villa des Anges de la télé-réalité.

Mais l’originalité de ses créations suscite quelques débats : il parle pudiquement d’hommages à de grands créateurs contemporains notamment Veilhan. Il est donc méprisé par le petit milieu de l’art contemporain qui lui ferme les portes des manifestations les plus prestigieuses. Il n’a jamais été invité à la FIAC et quand il y est rentré par la fenêtre, on l’a fait sortir par la porte.

C’est là que le drame commence. Veilhan est lui ce que l’on peut appeler un sculpteur institutionnel. Sa production est, elle, originale et nettement moins prolifique. Il est vendu dans les galeries, les biennales et foires les plus reconnues. Il expose non pas à Saint Trop mais au château de Versailles. Reconnu par ses pairs, il rentre aujourd’hui dans les musées. Les deux hommes ne sont pas du même monde. Goncourt et romans de gare ne se mélangent pas. Un beau jour de 2014, un client de Veilhan a le tort de lui dire qu’il a eu le plaisir d’admirer ses œuvres en haut des pistes de Courchevel. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : le « maître » confondu avec celui qui lui rend hommage. Veilhan attaque brutalement Orlinski en justice pour contrefaçon, parisitisme et concurrence déloyale. Il lui réclame 2.5 millions d’€ au titre du préjudice subi. Mais Veilhan est débouté par la justice. Le Tribunal a estimé que les artistes avaient des univers distincts, que leurs œuvres ne présentaient pas de similitudes dans le sujet traité et qu’il n’y avait pas de risque de confusion, notamment du fait de la clientèle institutionnelle pour Veilhan et attachée à une volonté de décoration pour Orlinski.

La morale de cette histoire est que l’art est devenu un secteur économique comme les autres. La justice a même entériné par sa décision l’application à l’art d’une notion de marketing de base à savoir la segmentation entre produits de luxe et produits de masse. Autre morale, les deux artistes poursuivent depuis leur fructueuse carrière. Orlinski est plus que jamais un brillant artiste-commerçant prospère. Sculpteur, il est aussi devenu DJ et on l’a vu au Louvre le soir de la victoire d’Emmanuel Macron. Il a même pondu un bouquin « pourquoi j’ai cassé les codes ? » dans lequel il fait sa promotion d’artiste maudit non reconnu par ses pairs. Quant à Veilhan, il représente cette année la France à la biennale de Venise dans un joli pavillon. Mais comme dirait l’autre : imagine-t’on Monet chercher à mettre en examen un quidam vendant des peintures en hommage à ses nymphéas sur le marché de Giverny.

Mise à jour du 10 mars 2018 :

Richard Orlinski continue de prospérer. Il a ouvert une galerie complète dédiée à ses œuvres rue du Faubourg Saint Honoré à deux pas de l’Elysée. L’inauguration a connu un franc succès. Miss France lui a rendu un brillant hommage déclarant en véritable critique d’art : « J’adore ! Cela habille une pièce ou un plateau. L’année dernière, je me souviens qu’il y avait deux chevaux sur le plateau de Miss France et j’avais trouvé cela magnifique. Je suis vraiment fan des animaux. »

Source Pour en savoir plus sur les croustillants détails de cette histoire

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1 commentaire
  1. Jrej dit

    Eh bien, voici une jolie blague sur les animaux 😉

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