UTMB : la folie du trail

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Étonnante Époque vous avait narré sa rencontre avec les différentes tribus de runners. On le sait la course à pied ne cesse de se développer en France. Ses adeptes sont de plus en plus nombreux. Néanmoins, nous avions oublié une grande famille de runners : les trailers. Les trailers pratiquent, en toute originalité, le trail. La course à pied sur des sentiers et pas sur du bitume. La course à pied en pleine nature. Et le Graal des trailers s’appelle l’UTMB. Ces quatre lettres mythiques sont l’acronyme de Ultra Trail du Mont-Blanc. Course de tous les extrêmes, l’UTMB est aussi une puissante machine marketing. Le départ de l’UTMB 2019 sera donné demain à 16 heures. Plongée dans une aventure hors du commun.

UTMB ou le sommet mondial du trail

UTMB Kylian Jornet (source Wikemedia commons)

L’UTMB se nomme lui-même « Sommet mondial du trail ». Car derrière la course reine se cachent sept courses de différentes longueurs. Au total 10.000 trailers vont se lancer dans la montagne. L’UTMB est né en 2003 sous l’inspiration de Catherine et Michel Poletti. Pour la première édition, il y avait 700 partants. Le principe est extrêmement simple : faire le tour du Mont-Blanc en courant. Seul hic, le tour en question fait 170 kilomètres, 10.000 mètres de dénivelé et est régulièrement au-dessus des 2500 mètres d’altitude. Un bon randonneur met neuf jours à faire ce tour. Dans l’UTMB, vous avez 47 heures pour réaliser le tout, avec des barrières horaires régulières.

Rendez-vous de quelques allumés dans ses premières éditions, l’UTMB a dû mettre en place au fil des années un système de sélection de plus en plus drastique. Désormais avant de se lancer, il convient d’avoir réalisé des courses qualificatives. Vous devez cumuler 15 points en 3 courses. A titre d’exemple, un trail de 60 km avec 4000 mètres de dénivelé vous rapporte 4 points. Une fois vos points acquis, vous avez le droit de vous inscrire. Le but est clairement d’éviter que ne se lancent des coureurs pas du tout entraînés après un pari au bout d’une soirée entre amis.

Des tirages au sort pour souffrir

Mais comme le nombre d’inscrits dépasse toujours les 2600 places de la course, l’organisation recourt au tirage au sort. La bonne nouvelle c’est que si vous n’êtes pas tiré au sort, vous êtes doté d’un coefficient 2 pour le tirage au sort de l’année suivante. Ouf ! Ce succès n’est pas sans rappeler l’engouement pour l’ascension du Mont Blanc qui a nécessité la mise en place de quotas.

L’UTMB est une énorme machine à business. D’abord pour la vallée de Chamonix. D’après les hôteliers eux-mêmes, la dernière semaine d’août est une des meilleures de l’année. Tous les hébergements affichent complet. Tous les magasins arborent les couleurs de l’UTMB et cherchent à vous vendre le dernier cri de la technologie développée pour les runners. Car l’organisateur vous le dit lui-même : pour un effort si long et si extrême, il faut gérer le moindre détail et éviter qu’une couture simplement gênante ne vous blesse.

Bonne nouvelle, le trailer, souvent issu de milieux socio-professionnels aisés, ne regarde pas à la dépense. On est loin d’une paire de basket et d’un short. Entre le sac à dos ultra-léger, les bâtons pliants, la veste de pluie ou la montre GPS avec autonomie suffisante. Comme aurait dit Valérie Lemercier dans Les Visiteurs, « débitez ma VISA » ! Les organisateurs ne s’y sont pas trompés, proposant sur leur site une boutique avec des produits de marques partenaires. Qui comme par hasard ont été pensés pour LA course !

Le parcours infernal de l’UTMB

Vous avez beau avoir le meilleur matériel du monde, imaginez 47 heures d’effort, avec deux nuits en montagne à monter à la frontale, à affronter le mauvais temps et le froid. On est au-delà de l’imaginable, au-delà de la résistance de l’être humain. Mais pourquoi s’infliger ça me direz-vous ? Qu’est-ce qui pousse 10.000 bipèdes chaque année à vouloir participer à cette course ?  A être un finisher et à avoir la veste distinctive qui permet aux trailers de porter sur eux leur palmarès ? Car comme m’avait dit un de mes amis au retour d’un trail de plus modeste taille du côté de la Vanoise : « c’est débile de se faire mal comme ça ».

Certains spécialistes vous diront que l’effort de l’ultra-trail est moindre que celui d’un marathon par exemple. Car dans l’ultra, vous faites des pauses, vous marchez, vous ne sollicitez pas en permanence la machine. Bon cela dit, vous aurez du mal à faire passer l’UTMB pour une petite balade du dimanche. Car ne nous le cachons pas, nombreux sont ceux qui viennent chercher l’exploit humain, à repousser leurs limites dans ce genre de course.

L’UTMB ou la recherche de l’exploit extrême

Pour certains, cette recherche de l’extrême serait un moyen de retrouver nos instincts de chasseurs-cueilleurs qui parcouraient des kilomètres à la recherche de nourriture. Pour d’autre, c’est une reconnexion avec la nature, le retour à une certaine hygiène de vie. Certains parlent de rites initiatiques. Certains parlent de douleurs positives. Nombre de trailers vous expliqueront que le plaisir vient après et rarement pendant. Combien ont juré ne plus jamais se lancer dans un trail une fois la ligne d’arrivée franchie et se sont inscrits dès le lendemain à une autre course. Alors le trail serait comme une drogue ? Chercherions-nous toujours à aller plus loin, à aller tester nos limites ? Seulement 4% des trailers seraient addicts, ce qui est la même proportion que dans les autres sports.

Alors le trail aurait un côté narcissique ? Certainement, c’est également l’occasion de pouvoir participer à un événement sportif au côté des champions. Car finalement les compétitions de course à pied sont les seuls où vous pouvez pratiquer votre sport au côté des meilleurs mondiaux. Autant il est inimaginable de jouer un match de foot contre Kylian Mbappé, autant vous pouvez prendre le départ d’une course au côté de légendes comme Kylian Jornet ou bien François D’Haene.

Tout n’est pas rose du côté du Mont-Blanc

Mais comme tout phénomène d’une époque, l’UTMB cristallise aussi de nombreuses critiques. Il ne serait que le reflet de notre époque où nous cherchons toujours à aller plus vite et où nous passons notre vie à nous mettre en scène. Le cadre majestueux du toit de l’Europe permettant de multiplier les selfies du meilleur effet. Et finalement en quoi courir au milieu de milliers de participants, dans une montagne balisée vous permet-il de vous reconnecter avec la nature ? Les trailers seraient donc plus à la recherche de leur propre gloire qu’à profiter du merveilleux spectacle de la montagne, le véritable héros de la course ?

Plus profondément, montagne et vitesse ne seraient-elles pas deux notions opposées ? La montagne ne se déguste-elle pas lentement, en prenant le temps ? On se souvient de l’admiration mais aussi de certaines critiques qui avaient accueilli à l’époque les enchaînements dans les Grandes Jorasses, le Cervin ou l’Eiger de Christophe Profit réalisées au chrono. Et enfin les trailers des courses de l’UTMB prennent de plus en plus de place dans l’immensité chamoniarde, amenant bruit et fureur en milieu alpin.

UTMB une course en Chine

L’UTMB a réussi le tour de force de s’imposer comme un moment incontournable du sport en moins de quinze ans. La marque s’exporte désormais : il y a désormais un UTMB en Chine. Bien loin de la vallée de Chamonix et de ses glaciers, mais avec toujours le même concept. Un parcours extrême. Cela dit, dans le monde des trailers le débat de la course la plus dure n’est pas encore tranché : la diagonale des fous, la Transvulcania ou bien la Barkley qu’aucun concurrent n’est parvenu à finir en 2019 ?

Vous ne manquerez pas d’y repenser lors de votre prochain footing en forêt de Meudon. En attendant rendez-vous samedi en début d’après-midi pour l’arrivée du vainqueur qui aura mis moins de 24 heures à faire le parcours.

1 commentaire
  1. PV dit

    Le pb est qu’il n’y a pas vraiment d’argument de fond nouveau pour s’opposer à cette dernière manifestation de la démocratisation des loisirs. On n’est même pas comme à Venise dans un risque environnemental immédiat. Il faut juste apprécier le bonheur éphémère de pouvoir bénéficier de quelques endroits protégés du tourisme de masse, c’est la chance des sites et musées secondaires pour l’instant laissés pour compte de la massification des loisirs.

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