Les étonnants choix moraux de la voiture autonome

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Alors que le feu vient de passer au vert pour la troisième fois et que vous n’avez pas bougé d’un centimètre, vous vous rappelez cette conversation que vous avez eue à un dîner avec des amis sur la voiture autonome. Et vous vous prenez à rêver de vous trouver dans un habitacle sans volant, dans un flux de circulation continu en train de regarder votre chaîne info préférée. Si la technologie permet d’envisager la réalisation de ce rêve, d’autres questions d’ordre économique et moral demeurent entières.

LA VOITURE AUTONOME OU LES ASSISTANTS DE CONDUITE POUSSÉS À L’EXTRÊME

Autant le dire tout de suite, la voiture totalement autonome sur tout type de route et dans toutes conditions de circulation n’est pas pour demain. Trop complexe, trop de décisions prises aujourd’hui par l’humain difficiles à modéliser, trop de routes différentes dans les différentes parties du monde. Les ingénieurs planchent aujourd’hui sur deux axes principaux :

  • voiture autonomeDes véhicules robots dans des zones fermées, parfaitement cartographiées et quasiment sans surprise. Certains opérateurs comme UBER ou AMAZON travaillent d’arrache-pied avec les constructeurs automobiles pour mettre au point des robots- taxis ou bien encore des camionnettes autonomes pour gérer la livraison du dernier kilomètre. Cette automatisation a pour but principal, comme nous avions eu l’occasion d’en parler ici, la réduction des coûts liés aux chauffeurs. Les tests sont multiples, non sans accident parfois, et nous pourrions d’ici 2025 voir surgir ce type de véhicule dans nos villes. Des campus d’universités chinoises testent déjà des prototypes qui livrent les colis ALI BABA aux étudiants.

 

  • Des moments de conduite autonome sur autoroute où vous pourrez lâcher le volant, regarder ailleurs pendant que toute la conduite sera déléguée à l’ordinateur. Cependant à la fin de l’autoroute, il faudra reprendre le volant pour poursuivre votre trajet. Certains prototypes fonctionnent déjà, offrant des images assez impressionnantes.

UN MODÈLE ÉCONOMIQUE À INVENTER

En plus de plancher sur l’aspect technologique, les constructeurs travaillent le volet économique du sujet. Il y a un business model à inventer, car le coût de la technologie qui sera embarquée dans la voiture autonome ne sera pas neutre. Une idée pour baisser le prix facial de la voiture est de proposer des services payants au conducteur pour les phases d’autonomie. Par exemple : s’abonner à un journal et le consulter sur l’écran de la voiture, visionner un film ou encore suivre un cours de yoga destiné à vous détendre pendant votre trajet de retour du bureau.

habitacle voiture autonomePour les entreprises, la voiture autonome peut être une excellente façon d’améliorer les conditions de travail mais aussi la productivité de leurs populations itinérantes. Moins d’accidents de la route, moins de fatigue, la voiture autonome allégera la vie des commerciaux sur les routes. Ou pas. Car on peut aussi imaginer un commercial utilisant la conduite autonome pour se rendre à son rendez-vous suivant… Autant de temps où il va pouvoir faire son travail administratif, ses mails et du coup pouvoir faire plus de visites clients dans sa semaine. La sécurité devient un facteur d’augmentation de la productivité.

LA VOITURE AUTONOME DEVRA FAIRE FACE À DES CHOIX MORAUX

algorithme pour voiture autonomeDévelopper la voiture autonome, c’est travailler sur les choix que va devoir faire l’intelligence artificielle embarquée. En effet, quand on conduit, on prend des dizaines de décisions sur un trajet. Beaucoup sont modélisables car elles ne sont que l’application du code de la route : je m’arrête au stop, la priorité est à droite. La voiture autonome sera beaucoup plus sûre car on supprimera « l’erreur humaine ». Mais dans certaines situations extrêmes, c’est la machine qui va devoir décider de la vie ou de la mort de quelqu’un.

Imaginez, une voiture sur une route quand tout à coup un groupe de piétons traverse sans regarder. Pas d’échappatoire : soit la voiture écrase les piétons soit elle les évite mais tue son conducteur. Comment programmer les algorithmes qui vont prendre cette décision ?

Pour y voir plus clair, les scientifiques ont lancé des consultations. Objectif : constituer une base de données des décisions humaines dans différents types de situations. Ces tests ont fait ressortir deux aspects. Un premier purement quantitatif :  la majorité des personnes testées font en effet des choix utiles en sauvant le plus grand nombre de personnes dans les situations proposées. Néanmoins la réponse est nettement moins affirmative si la personne seule qui est « sacrifiée » face au groupe est membre de la famille du sondé.

Le second aspect est plus qualitatif. D’avantage de paramètres ont été introduits dans les tests (le piéton est un enfant, une personne âgée, un animal). Dans ces cas de figure, tout le monde a tendance à privilégier les humains sur les animaux.

DES RÉPONSES DIFFÉRENTES SUIVANT LES PAYS 

En revanche tous les pays ne sont pas d’accord sur le fait de sauver les enfants ou au contraire les personnes âgées. Les pays du Sud (Amérique latine, Europe centrale et France) se prononcent en faveur du sauvetage des enfants, tandis que l’Asie est plus favorable aux personnes âgées. Certains pays épargnent moins les sans abri que les cadres tandis que d’autre prennent en compte dans la décision le fait que les piétons se trouvaient ou non sur un passage piéton. Le comparatif des résultats du test par pays pourra utilement occuper vos longues réunions et vous permettre de briller à la machine à café…

Tous les cas de figure ne seront pas modélisables : les capteurs sauront sans doute distinguer un animal d’un humain ou bien un enfant d’un adulte. Mais la distinction sur des critères plus physiques (une personne âgée) ou sociaux semble difficilement envisageable. Cela signifie-t-il que chaque pays aura ses propres réglages, correspondant à sa culture et ses préférences morales ? Après la barrière de la langue, y aura-t-il un Google Translate pour voitures autonomes ?

On peut cependant espérer que la voiture autonome aura tout fait en amont pour éviter de se retrouver dans ce genre de situation et que les cas d’usage seront très rares. Sans parler de qui portera la responsabilité des morts éventuels. Le constructeur de la voiture, la start-up qui a conçu le logiciel, le conducteur ? Bien des débats en perspective avant que vous ne puissiez regarder les derniers épisodes de La casa de papel entre Paris et Lyon.

 

Mise à jour du 12/05/2019

Dans notre article, nous parlions des dilemmes moraux auxquels la voiture autonome pouvait être confrontée. Mais la réalité dépasse la fiction. Une actrice américaine de porno a eu la brillante idée de tourner une vidéo de ses ébats dans une voiture Tesla en mode autonome. 5 millions de vues plus tard, le mot-clé Tesla est devenu le plus recherché sur le site Pornhub. 

 

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