Évolution du marché de l’emploi : traverser la rue suffira-t’il?

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Alors que la petite phrase d’Emmanuel Macron lancée en pleine journée du patrimoine à un horticulteur dans les jardins de l’Elysée, n’en finit pas de retentir dans le pays, il faut reconnaître qu’elle pose des questions intéressantes. Parmi elles, une sur l’adéquation entre les besoins des employeurs et les capacités des actuels et futurs salariés, dans un contexte de forte évolution du marché de l’emploi. Avant de traverser la rue creusons ces questions importantes dans un contexte d’évolution importante du marché.

ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE L’EMPLOI : DES OFFRES RESTENT VACANTES … MAIS PAS TANT QUE CA

La première question est sans doute la plus simple, car la plus chiffrable. Dès le lendemain de LA phrase, des journalistes de France Inter se sont rendus à Montparnasse et ont fait le tour de quelques restaurants. Sept restaurants sur douze cherchaient du personnel. Statistiquement non représentative à l’échelle, du pays, la méthode montre tout de même que des emplois restent vacants alors qu’il y a plusieurs millions de chômeurs dans le pays.

Deuxième approche, sans doute plus chiffrée, s’adresser à Pôle Emploi. C’est la fameuse étude de décembre 2017, brandie par différents intervenants dans le cadre du débat qui nous occupe. 300 000 postes seraient non pourvus face à 3.4 millions de chômeurs (un petit 9%). Si on creuse un peu on découvre qu’en réalité, seulement 19 500 offres sont restées sans candidature. 97 000 ont été annulées par les employeurs car l’augmentation d’activité pressentie ne s’est pas réalisée et 150 000 recrutements ont été abandonnés faute de candidats. En cause le manque de compétence ou le manque d’expérience de ces derniers.

La difficulté est donc de parvenir à faire coïncider besoins et compétences. Pas toujours simple car certains secteurs en dépression il y a dix ans ont connu une crise des vocations et manquent cruellement de main d’œuvre aujourd’hui. A l’inverse les métiers qui recrutent comme la restauration propose souvent des contrats « morcelés » avec une longue coupure entre le service du midi et le service du soir et n’attirent pas les candidats. Enfin les employeurs ne sont pas toujours prêts à faire confiance à un spécialiste des orchidées pour servir des cafés. Tous veulent des références ou à défaut de l’expérience dans le domaine.

La tâche est ardue. Elle l’est d’autant plus que nous jouons dans un univers en pleine mutation. L’évolution du marché de l’emploi est un sujet apprécié des cabinets de conseil. Il y a, sur le sujet, autant d’études que de cabinets. Prenons-en quelques-unes au hasard : Mac Kinsey annonce entre 40 et 55% des emplois automatisés. Roland Berger montre que 42% des emplois en France sont menacés par la transition numérique d’ici 2035. « L’institut pour le futur » un think tank californien estime pour sa part que 85% des emplois de 2030 n’existent pas aujourd’hui. La prévision est fausse par définition, mais elle montre quand même une tendance forte.

ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE L’EMPLOI : DES ROBOTS ANALYSTES FINANCIERS

Le développement du numérique et de la robotisation font que les machines seront plus efficaces que l’homme même pour de nombreuses tâches intellectuelles. L’article de la semaine dernière sur la reconnaissance faciale nous a donné un premier aperçu d’applications. Si nous regardons dans d’autres domaines, avec les technologies deep voice, le prochain Nicolas Canteloup sera une machine. Dans le secteur bancaire, les ordres de bourse sont aujourd’hui gérés par des machines. La Commerzbank va même plus loin en déployant de l’intelligence artificielle pour remplacer ses analystes financiers. Ce métier si prisé des jeunes diplômés spécialisés en finances serait lui aussi menacé ! Dans un premier temps les robots écriraient des « notes financières simples ». C’est une start-up berlinoise Retresco qui fournit le logiciel. A noter que les premiers tests ont été faits sur l’automatisation d’articles de sport, relatant des matchs de foot ! Les futurs clients seront pleinement rassurés de savoir que les logiciels qui commentaient les exploits de la bande à Griezmann en Russie vont désormais les conseiller sur la façon d’investir leur argent. Et je suis certain que vous vous demandez à l’instant même si cet article est le fruit d’un cerveau humain ou d’une machine infernale…

Dans le même temps, Amazon travaille sur la suppression des chauffeurs dans ses camions aux Etats-Unis. Ce sujet est d’ailleurs assez révélateur de notre problématique : si les routiers en poste craignent beaucoup pour la pérennité de leur emploi, les sociétés de transport doivent faire face à une véritable pénurie de main d’œuvre. Le routier au volant de son énorme camion ne fait plus rêver, le métier est pénible et peu propice à la vie de famille. Entre rentabilité accrue et manque de bras pour tenir le volant, les entreprises de transport poussent fortement le sujet de la conduite autonome. Dans la même veine, Uber développe des robots-taxis qui vont permettre de faire passer le coût au kilomètre de 1 € à 40 centimes. Dans ces domaines d’activité le principal poste de dépense est le chauffeur. Sa suppression est donc source d’économie.

ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE L’EMPLOI : L’INDUSTRIE PREMIER CANDIDAT A L’AUTOMATISATION

Autres lieux, autres automates : l’emboutissage et la tôlerie d’une usine automobile sont désormais totalement déshumanisés. Des chariots automatiques convoient les pièces d’une machine à une autre où des robots s’en saisissent. A l’inverse, les tentatives d’automatisation des opérations de montage dans les véhicules se sont révélées infructueuses. Les mains et l’esprit humain restent ainsi plus efficaces pour assembler dans les moindres recoins de la carrosserie les quelques 3 000 pièces que compte une voiture moderne.

Les emplois industriels menacés, les métiers de services, d’interaction, de contact eux, seraient davantage préservés. Enfin une bonne nouvelle pour notre pays qui connaît une désindustrialisation majeure depuis maintenant trente ans diront les plus cyniques ! Petit clin d’œil de l’histoire : une étude de l’université d’Oxford montre que dans cette évolution du marché de l’emploi, le métier le moins menacé par l’automatisation est celui de barman… Il a le nez fin notre Président…

Mais alors que faire ? Dans la société actuelle on a déjà du mal à avoir une adéquation parfaite entre candidats souhaités et candidats présentés, mais que va-t-il en être dans une économie qui aura fortement changé dans vingt ans. Tout ceci pose donc la question du rôle du système éducatif et de formation et de ce qu’il peut apporter au monde du travail.

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