Boston Dynamics une histoire de robots

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Boston Dynamics alimente régulièrement les réseaux sociaux avec des vidéos montrant les prouesses de ses robots bipèdes et quadripèdes : fascinant et terrifiant! Dans une vidéo diffusée la semaine dernière, son robot humanoïde Atlas exécutait un incroyable numéro de gymnaste, enchaînant roulades, poirier et sauts périlleux. Le robot Spot lui se ballade partout, monte et descend les escaliers, ouvre des portes… Le buzz est à chaque fois énorme tant ces vidéos semblent nous rapprocher de l’ère des droïdes de Star Wars ou des robots d’Asimov. Intrigué, j’ai voulu en savoir plus sur Boston Dynamics. Généralement dans les films de science-fiction, ce type de société est dirigée par un savant fou mégalomane qui veut diriger le monde par la robotisation. Qu’en était-il pour Boston Dynamics, filiale du géant japonais Softbank? A l’heure de l’intelligence artificielle, découvrez cette semaine l’histoire de Boston Dynamics, la société qui fait le buzz avec des vidéos de robot.

 

Boston Dynamics à l’origine de l’histoire : un spin-off du MIT soutenu par l’armée américaine

Marc Raibert Boston Dynamics Tech crunch disrupt London 2017 (source Wikimedia commons)
Marc Raibert 2017

A l’origine de l’histoire, Boston Dynamics est un spin-off du célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) créée en 1993 par Marc Raibert qui est en toujours le patron. Son rêve depuis toujours est de construire des robots bipèdes et quadrupèdes dont les performances s’inspirent et dépassent celles de la nature.

Pour cela, il crée dans les années 80 le Leg Lab du MIT qui travaille sur les membres robotiques. Il y inventera en 1986 le premier robot automate unijambiste stable s’inspirant du déplacement des kangourous et des autruches.

Boston Dynamics est ce que l’on appelle une R&D company (recherche et développement). Elle n’a jusqu’à présent jamais commercialisé ses robots. Pour financer ses recherches, il lui fallait donc un mécène : ça sera l’armée américaine et plus précisément la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Selon Associated Press, Boston Dynamics aurait reçu de sa part 150 millions de dollars de financement depuis sa création.

Boston Dynamics développe ainsi dans les années 2000 Big Dog, “un robot mule” capable de se mouvoir sur les champs de bataille les plus accidentés aux côtés de soldats en portant des charges lourdes. C’est pour présenter ce robot que la société réalise sa première vidéo virale. Mais le moteur de Big Dog fait autant de bruit qu’une tondeuse à gazon rendant impossible son emploi sur un champ de bataille. L’armée américaine ne l’utilisera pas.

De cette coopération récurrente avec l’armée américaine, naît la réputation sulfureuse de l’entreprise. Comme dans les meilleurs films de science-fiction, elle est soupçonnée de développer secrètement des robots tueurs

2013 Google rachète la société puis la revend en 2017

En 2013, Marc Raibert trouve un nouveau mécène :  Google rachète la société et ses 300 ingénieurs. Google cherche alors à travers de multiples rachats à constituer une division robotique baptisée Replicant (les fans de Blade Runner apprécieront) sous la direction d’Andy Rubin le visionnaire créateur du système d’exploitation mobile Androïd. Marc Raibert pense alors pouvoir réaliser ses rêves les plus fous.

Mais la greffe entre les équipes de Boston Dynamics et de Google ne prend pas bien. Google ne souhaite pas développer l’activité militaire. Et puis chaque nouvelle vidéo déclenche des réactions hostiles d’une grande partie du public. Les robots de Boston Dynamics font peur et Google devenu Alphabet craint pour son image. Finalement, la direction d’Alphabet estime qu’il faudra encore des années avant que Boston Dynamics ne devienne rentable. Elle la revend donc début 2017 au Japonais Softbank.

En 2019, Boston Dynamics s’apprête à commercialiser son robot Spot

Avec ce nouvel actionnaire, Boston Dynamics écrit une nouvelle page de son histoire. Apparemment le groupe japonais, lui, ne craint pas les polémiques déclenchées par les vidéos de robots. Bien au contraire, Boston Dynamics les multiplie inondant les réseaux sociaux. Les démonstrations successives d’agilité du robot humanoïde Atlas font le buzz. On voit également apparaître un petit quadrupède jaune sympathique, qui rappelle vaguement un chien baptisé Spot, capable de se promener dans des endroits accidentés non accessibles à l’homme et de déambuler dans un intérieur en évitant tous les obstacles. Autonome pendant 90 minutes, il sait monter et descendre les escaliers, résiste à la chaleur, à la pluie.

 

Cette mise en scène ne doit rien au hasard. Avec Spot, Boston Dynamics souhaite franchir un cap : Spot sera le premier robot commercialisé par la société. Il est possible depuis quelques jours de le louer en leasing. Pourtant il n’est pas bien clair à quoi il servira :  inspection de sites pétroliers ou des chantiers de construction, gardiennage… Mais en bon chercheur, Marc Raibert compte aussi sur l’imagination de ses clients pour améliorer Spot. Il disposera d’une interface de programmation (une API) personnalisable qui permettra à des développeurs externes de créer leurs propres applications. La société exclut en revanche officiellement toute application où Spot pourrait blesser des humains. Toujours la crainte des robots tueur!

Après Spot, la préparation du lancement de Handle un robot logistique

Moins glamour, Boston Dynamics prépare également le lancement de Handle, un robot destiné à la manutention dans un entrepôt logistique. On l’imagine bien dans les centres logistique d’Amazon. Pour cela Handle utilise également la technologie de Kinema Systems, une start-up californienne récemment rachetée par Boston Dynamics et qui a développé Pick un système de vision 3D à base de deep learning pour robots industriels. L’histoire de Boston Dynamics c’étaient les jambes, elle y a désormais ajouté les yeux.

Avec Boston Dynamics, n’est-ce pas Softbank qui veut changer l’histoire?

Boston Dynamics réussira-t-il sa mutation d’une société 100% R&D (ce qu’elle fut pendant 25 ans) à une société commerciale. Rien n’est moins sûr. Marc Raibert avec ses chemises hawaïennes bariolées a plus un look de chercheur que de businessman. Google Alphabet a jeté l’éponge. On peut se demander ce qu’est allé faire le géant japonais Softbank dans cette galère?

C’est bien mal connaître son patron et fondateur Masayoshi Son. Ce visionnaire a construit en 40 ans un groupe qui pèse aujourd’hui 90 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Avant-gardiste, il a notamment investi à leurs débuts dans Yahoo! et Alibaba. En février 2017, il expliquait que l’ambition de son groupe était de préparer l’ère de la “singularité”, ce moment où la capacité des machines et de leur intelligence artificielle surpassera celle de l’être humain. S’il y avait dans cette histoire un personnage mégalomane qui veut dominer le monde avec ses robots, ça serait sans aucun doute Masayoshi Son!!!!

Mise à jour du 07/10/2019 : le cirque du soleil 1er client du robot Spot de Boston Dynamics?

Je vous le disais dans l’article : Marc Raibert compte sur la créativité de ses clients. Et le premier client du robot Spot pourrait bien être de manière surprenante le Cirque du Soleil. Le célèbre cirque a confirmé être en pourparlers avec Boston Dynamics afin d’intégrer des robots Spot dans un de ces prochains spectacles. Les robots de Boston Dynamics n’ont pas fini de nous surprendre.

 

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