Colombie : pourquoi il faut vite y aller

0 110

Colombie l’évocation de ce pays fait frémir. Trafic de drogue, enlèvements, Pablo Escobar, sanglante guerre civile contre la guérilla des FARC… le pays a ses 25 dernières années surtout fait la une pour son actualité violente. Aujourd’hui la Colombie a retrouvé la paix et s’ouvre au tourisme. Ses habitants vous accueillent avec la ferveur et la joie de vivre d’un pays qui renaît. J’ai eu la chance de pouvoir m’y rendre. Je vous en rapporte quatre cartes postales. Vous verrez, il faut vite y aller.

 

Colombie : Bogota une capitale mondiale du street art … grâce à Justin Bieber

 

Pour cette première carte postale de Colombie, je vous emmène à Bogota. Promenade dans la vieille ville, les maisons aux toits de tuiles arborent des façades aux multiples couleurs bariolées. Mais une grande partie d’entre-elles a troqué ses traditionnelles façades monochromes contre des graffitis ou plutôt devrais-je dire de véritables œuvres de street-art : magnifique!!! En quelques années, Bogota est devenue une des capitales mondiales du street art, un « eldorado » pour les acolytes colombiens de Banksy.

Pourtant il y a encore 5 ans, le graffiti était considéré comme un acte de vandalisme et les graffeurs étaient poursuivis par la police donnant lieu à plusieurs faits divers tragiques dont la mort en 2011 du jeune Diego Becerra. Un coup de pouce du destin, en l’occurrence du chanteur Justin Bieber allait tout changer.

En 2013, il donne un concert à Bogota. Après son concert, il va en ville s’adonner à son plaisir de faire des graffitis… sous haute protection policière. La jeunesse de Bogota crie au scandale. Pour les mêmes faits, la police les pourchasse et protège la star canadienne. Deux poids, deux mesures, inacceptables!!! Devant le scandale, les autorités changent leur position et finissent par reconnaître cet art urbain.

Il s’en suit une explosion créative. Les « grafiteros » de Bogota envahissent l’espace urbain avec leurs œuvres combinant expression artistique et revendications politiques. La municipalité devient même un soutien au mouvement, passant des commandes pour des réalisations de grande envergure. Les créations fleurissent et la scène du street art de Bogota est aujourd’hui l’une des plus dynamiques au monde.

 

Colombie : l’éternelle lutte contre la culture de la coca

2002, 200.000 hectares :  Alvaro Uribe arrive au  pouvoir en Colombie. La surface cultivée en coca est de 200.000 hectares soit 2 fois le vignoble bordelais. Le pays est miné par le narco-trafic et la guerre civile avec la guérilla des FARC.

2010, 90.000 hectares  : Alvaro Uribe quitte le pouvoir. Les FARC ont perdu la guerre. La surface cultivée en coca a été réduite à 90.000 hectares. Son successeur Juan Manuel Santos, homme de guerre, se muera en artisan de la paix menant à bien le processus de réconciliation nationale.

2018, 200.000 hectares  : Ivan Duque arrive au pouvoir. Le pays a largement retrouvé la paix et sort d’une décennie de croissance économique. Dans sa quête pour la paix, le gouvernement a relâché la pression sur la culture de la coca qui s’étend de nouveau sur 200.000 hectares… comme aux pires moments des narco-trafiquants.

Le gouvernement se heurte notamment à la résistance des paysans cultivateurs de coca qui refusent d’abandonner un gagne-pain beaucoup plus rémunérateur que les autres cultures.

En 2017, le gouvernement lance un grand plan de culture de substitution. Il subventionne le remplacement de la coca par des cultures alternatives comme le cacao. Quelle culture miracle pourrait remplacer la maudite coca : l’achiote un colorant naturel rouge aux multiples applications? Certains imaginent même pour l’avenir la culture de cannabis suite à la libéralisation de sa consommation en Amérique du Nord.

Mais face à l’argent des narcos, ce dernier plan de substitution est un échec cinglant. La production de coca a progressé en 2017 de 11%. Le nouveau Président Duque a promis de s’attaquer au problème en renouant avec la manière forte : épandage aérien de glyphosate sur les cultures de coca… au risque de relancer la violence et de menacer la fragile paix. La Colombie n’en n’a malheureusement pas fini avec la tragédie de la coca. La Colombie, il faut vite y aller en espérant que la paix n’y soit pas « une parenthèse enchantée ». 

Colombie : du café récolté et fabriqué avec Amour

Il nous reçoit panama sur la tête devant sa jolie finca, grosse bâtisse sans luxe ostentatoire. Lui c’est Jesus Armando Bedoya, le propriétaire de la 4ème génération de cette exploitation centenaire qui produit le café Jesus Martin.

Il nous parle de l’impitoyable marché du café. Les Colombiens ont voulu tenir tête aux Brésiliens en produisant toujours plus. Mais les cours du café se sont effondrés et les machines brésiliennes ont gagné la bataille. Alors pour survivre, il s’est tout simplement fixé l’objectif de produire « Diamante : el mejor cafe del mundo » récolté et trié à la main.

Il nous propose de vivre l’expérience du cueilleur de café. C’est un peu artificiel, personne dans le groupe n’est complètement dupe. Mais nous voilà, heureux comme des gamins à la cueillette, au milieu des plants de café, à la recherche des plus beaux grains rouges sous le cagniard colombien.

Retour à la finca. Il nous parle avec enthousiasme des prix remportés l’année dernière lors d’une foire à Paris. Il nous présente son « padre ». La famille c’est important. Son ambition est d’ailleurs simple : que l’exploitation soit encore là dans 100 ans. Pour cela, il nous raconte ses efforts pour limiter l’emploi de pesticides et préserver l’environnement.

Il me fait penser à ses producteurs de vin qui font visiter avec passion leurs exploitations et qui ont leur terroir qui leur colle à la peau. Humble et fier de son café dont la recette tient en un mot « hecho con amor » (produit avec amour)

 

Colombie : la Boquilla le village de pêcheurs qui résiste à l’envahisseur

Sur la route au Nord de Carthagène, de grandes barres d’immeubles se succèdent sur le front de mer. Ces complexes hôteliers appartenant aux grandes chaînes internationales ont poussé comme des champignons. Ils accueillent la masse des touristes balnéaires en quête d’une mer chaude toute l’année.

Et puis brusquement, ce défilé de grands immeubles s’arrête. Nous nous retrouvons dans le village de pêcheurs à la fois pittoresque et misérable de la Boquilla. Les habitants sont les descendants d’esclaves noirs qui une fois affranchis se sont installés dans ce village au Nord de Carthagène.

Nous y sommes accueillis par Roni. Il nous explique comment les habitants du village ont décidé de se battre pour préserver leur culture et leur lieu de vie face aux promoteurs rapaces qui lorgnent sur leurs terrains idéalement placés. La lutte est âpre et tous les coups semblent permis. C’est le pot de terre contre le pot de fer. « Ils nous traitent de fainéants car l’après-midi les pêcheurs dorment sur la plage dans des hamacs. Ils oublient de dire qu’à 3 heures du matin, nous sommes dans les bâteaux pour pêcher du poisson ».

La pauvreté est tangible. La pêche rapporte peu, en tout cas moins que le tourisme. Alors ils ont eu cette idée géniale pour bénéficier du tourisme autrement. Ils auraient pu choisir le repli. Au contraire, ils ont créé un écotour où ils accueillent les touristes pour leur présenter leur village et leur culture. Et nous voilà dans leur école de percussions où ils nous apprennent dans la joie et la bonne humeur les rythmes de leur musique si entraînante. Les jeunes nous convient ensuite à une mémorable partie de foot sur sable au bord de l’eau. Le langage universel du foot transcende les frontières.

Nous quittons nos hôtes après une après-midi mémorable en toute sécurité. En partant, Roni s’adresse une dernière fois à nous« Parlez de ce que vous avez vécu ici. C’est le plus grand service que vous pouvez nous rendre ». Je me fais donc son messager. A la Boquilla comme en Colombie, il faut vite y aller.

 

 

Abonnez-vous dès maintenant et resté(e) informé(e) en temps réel de la publication de nouveaux articles !

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.