La gestion des données des utilisateurs morts : des morts-vivants sur Facebook

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Internet et les réseaux sociaux ont pris une telle place dans notre vie qu’ils sont désormais confrontés aux mêmes problèmes que le monde réel. Et parmi ses problèmes, un que nous n’avions pas forcément imaginé au départ et qui ne cesse de s’amplifier : la gestion des données des utilisateurs morts. Facebook en particulier, du fait de sa taille, doit faire face à ce phénomène. De marginal, le sujet devient un vrai cas d’école qui ne manque pas de poser de multiples questions : techniques, juridiques, morales et philosophiques. Cette semaine plongée dans le monde des morts-vivants de Facebook.

1.5 millions de morts par an sur Facebook : quelle gestion des données ?

Quelques chiffres pour capter le phénomène : chaque minute, trois personnes inscrites sur Facebook meurent dans le monde. Si Facebook continue à faire grossir son audience au rythme actuel, le nombre d’utilisateurs décédés pourrait atteindre 4.9 milliards d’ici la fin du siècle. Soit plus que le nombre d’utilisateurs vivants.

Vous me direz, les gens sont morts certes mais quel impact pour le géant des réseaux sociaux ? Dans les premiers temps de Facebook, cela pouvait provoquer des situations délicates. La fonction qui consiste à vous proposer régulièrement de nouveaux profils avec qui devenir amis, incluait régulièrement des personnes disparues. Ce macabre algorithme a depuis été supprimé.

Un quart des profils des défunts continue d’être mis à jour

Depuis 2016, le réseau offre deux possibilités en cas de décès : supprimer le compte ou le transformer en page « hommage ». Car selon le règlement il est interdit de modifier ou publier sur le profil du défunt. Mais dans les faits, près de 25% des profils des défunts continuent d’être actifs sur Facebook. Particulièrement parmi les personnes jeunes. Souvent animés par un proche, ce dernier va en profiter pour opérer quelques modifications sur des publications. L’objectif : faire en sorte que l’image du disparu soit la plus conforme possible avec celle qu’on voudrait qu’il laisse. La photo de de soirée étudiante laisse place à un selfie d’une après-midi de recherche à la bibliothèque.

Ce qui jusqu’à présent relevait de l’initiative personnelle d’un proche commence désormais à s’organiser. En effet, les vivants se mettent à laisser des volontés quant à l’usage de leur profils numérique. Ainsi une étude réalisée dans le cadre du programme ENEID Eternités Numériques a récemment montré que 10% des personnes interrogées souhaitent que leur profil reste tel quel. Dans le même temps,  30% souhaiteraient le supprimer complètement et 30% souhaitent qu’il soit accessible uniquement au proche.

Gestion des données des utilisateurs morts : l’identité numérique en héritage avec la maison à La Baule

Car derrière la gestion des données des utilisateurs morts sur Facebook, se pose la question de la transmission de notre identité numérique. Dans une succession, la transmission de biens matériels est parfaitement encadrée par la loi. Cependant la transmission de biens immatériels comme une identité numérique échappe à toute réglementation.

Par identité numérique, nous entendons le profil et l’identité en ligne que s’est créée une personne. Mais aussi l’ensemble des données collectées par les systèmes informatiques, parfois à l’insu de l’utilisateur. C’est là que va se situer la valeur de l’identité numérique. Par exemple, un de mes anciens collègues, passionné du célèbre jeu vidéo World of Warcraft, m’avait expliqué avoir revendu près de 700 euros sont compte, forgé à coup de longues heures de jeu. Désormais c’est toute la vie de l’internaute qui peut avoir une valeur. De ce fait il est nécessaire de mettre en place des règles qui vont permettre la gestion des données des utilisateurs morts. Ceci permettra de les valoriser dans le cadre d’une succession.

La première application qui fait parler les morts

Dans ce contexte, des outils sont en train de se mettre en place pour permettre aux utilisateurs de prévoir le devenir de leurs données post-mortem. Ainsi l’application GRANTWILL est un coffre-fort numérique permettant de stocker ses données personnelles et administratives destinées à être transmises au moment de sa disparition. J’avoue que j’aime énormément la présentation succincte faite sur la page d’accueil : « Resté connecté en envoyant des messages personnalisés à votre proches et ennemis après votre disparition ou à des dates spéciales ». Imaginez le fan de Marseille qui, avant son décès, programme toutes les dates des classico pour envoyer un message amical à son beau-frère, fan de la bande à Mbappé.

Comme nous pouvons le voir, le monde de la mort numérique est en train de s’organiser. Et d’ici peu, tout sera sous contrôle. Cela n’exclut néanmoins pas quelques questions plus philosophiques. Car il peut apparaître étrange qu’une personne disparue continue d’être active, d’être vivante finalement au regard de la vie du réseau. Ainsi Facebook est un des rares endroits, exceptés les films d’horreur, où les morts vont pouvoir côtoyer les vivants. Où les morts peuvent continuer à envoyer des messages ou à mettre à jour leur profil.

Quand les réseaux sociaux impactent le processus de deuil

Le fait de poursuivre l’activité du compte donne l’impression de la vie éternelle. Mieux que le Saint Graal : Facebook. Certains proches n’hésitent pas à affirmer que supprimer un compte reviendrait à tuer une deuxième fois la personne. Ce souvenir en permanence entretenu a tendance à adoucir mais aussi à prolonger le processus de deuil. Et de fait, cela rend plus difficile et beaucoup plus long son aboutissement.

Nouveaux lieux de vie, de relations, les réseaux sociaux et internet au sens large s’inscrivent pleinement dans notre vie. Si on trouve l’amour sur internet, on peut désormais aussi y prévoir sa disparition, la transmission de ses données numériques. Alors que des cimetières virtuels sont en train de faire leur apparition en Chine, je vous laisse répondre à cette obsédante question : à quand le profil Facebook en viager ?

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