Vin rosé : la guerre des rosés

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Je suis en congés. Je suis sur la terrasse, à ne rien faire, en sirotant un verre de rosé en quête d’un thème léger pour démarrer la série des articles estivaux. Justement le vin rosé s’invite à la une de nos journaux. Au printemps, les Échos alertaient sur une possible pénurie de rosé de Provence. Début juillet, le Parisien titrait sur une fraude massive de vrai-faux vin rosé français en provenance d’Espagne. Il faut dire que la consommation de rosé augmente chaque année en France et explose au niveau international. De quoi susciter les convoitises. La guerre des rosés : un beau sujet pour commencer les vacances.

VIN ROSÉ : LA FRANCE CHAMPIONNE DU MONDE

Le vin rosé est à la mode. La consommation mondiale de vin stagne mais celle de rosé augmente année après année. Cocorico, la France est la championne du monde du rosé. Les chiffres sont spectaculaires et m’ont vraiment surpris (source étude Franceagrimer). La France en est le plus gros producteur (30% de la production mondiale) mais aussi le le plus gros consommateur (35% de la consommation mondiale). La consommation de rosé connaît dans l’Hexagone un véritable engouement. On boit désormais en France nettement plus de rosé que blanc (30% de la consommation vs. 20% pour le blanc).

Le rosé a réussi à casser les codes traditionnels du vin pour séduire une clientèle plus jeune qui s’éloigne du vin rouge. Avec ses goûts fruités et aromatisés, c’est un vin facile à apprécier. Un rosé pamplemousse autour d’un plat de sushis, hérésie?  Mais non, enfin! Bon moment passé entre amis sans cérémonial. « C’est un vin de l’instant sans compromis. Pas besoin de prendre rendez-vous pour le boire, ce qui le met en phase avec les envies de plaisir immédiat de notre société », déclarait aux Échos le sociologue Michel Maffesoli. Le vin rosé a ainsi réussi à sortir d’une consommation purement saisonnière, l’été au bord de la piscine, pour s’inviter toute l’année à nos apéritifs et nos repas.

Et puis le rosé, c’est pas cher. Le litre est vendu en moyenne 3.50€ contre 7.50€ pour le blanc. Le rosé ne se consomme pas qu’en bouteille mais aussi dans les fameux BIB (bag in box) et la production française a du mal à suivre. C’est là que nos voisins espagnols s’invitent à la fête. En 2016 le rosé en vrac espagnol se vendait à 0,34 € /litre pour 0,75 € à 0,90 €/litre pour le rosé français. Les BIB de rosés espagnols pas chers se sont donc très largement imposés dans les têtes de gondole de nos hypermarchés, pas loin des palettes de Nutella.

ROSÉS DE PROVENCE : UN POSITIONNEMENT HAUT DE GAMME

A l’opposé, les vins rosés de Provence misent avec succès sur la montée en gamme. Le marché se segmente. Un rosé de Provence dégusté par la jet set de la Côte d’Azur, ça vaut forcément cher. La tentation devenait alors trop forte : de l’Espagnol vendu au prix du Provence, le jackpot assuré. Comme au bon vieux temps où les vins du Languedoc se transformaient miraculeusement en Bordeaux…. L’enquête de la DGCCRF évalue la « francisation » à l’équivalent de 10 millions de bouteilles pendant la période 2016-2017.

 

 

 

 

 

 

 

Mais revenons au rosé de Provence. Les vignerons provençaux ont travaillé sur la qualité de leur vin afin d’en faire un produit haut de gamme. La couleur rose très pâle des vins de Provence est ainsi devenue synonyme de qualité influençant l’ensemble du marché. L’AOC Bordeaux rosé imposait de faire des vins plus foncés. Face à la déferlante provençale, les bordelais ont dû faire évoluer leur cahier des charges et produisent désormais également des vins roses clairs. Ils tentent de combler leur retard à grands coups de publicité à l’entêtant refrain “Bordeaux Rosé”.  Le rosé foncé est donc une espèce en voie de disparition.

Les provençaux ont habilement utilisé la synergie avec le tourisme estival de la Côte d’Azur. Les “people” dans le Lubéron ou à Saint Tropez en train de déguster des magnums des crus locaux, on ne peut rêver meilleure publicité. Ils ont ainsi créé des lieux de haut raffinement comme cette improbable Maison de la Truffe et du Vin du Luberon àMénerbes.

VIN ROSÉ : LA PROVENCE À L’ASSAUT DU NOUVEAU MONDE

Le meilleur coup de rosés de Provence est sans aucun doute le lancement du Château de Miraval par la couple Brad Pitt / Angelina Jolie en lien avec une famille de vinificateurs locaux en 2012. Ce vin “mis en bouteille par Brad Pitt & Angelina Jolie” est classé dès son lancement parmi les 100 meilleurs vins du monde par le magazine américain Wine Spectator. Il marque le début de l’explosion commerciale des ventes de vin rosé de Provence aux Etats Unis. Les chiffres ci-dessous d’exportations de vin rosé vers les Etats Unis illustrent l’étendue du succès avec une croissance des ventes de plus de 30% par an ces 3 dernières années et une explosion des prix.

Le vin rosé français a le vent en poupe notamment à New York. S’appuyant sur un marketing raffiné, il y est devenu une des boissons des millenials branchés. Whispering angel (l’ange qui chuchote, un joli nom poétique) un vin du domaine du Château d’Esclans est ainsi le vin français le plus vendu aux Etats Unis. “On a créé une ambiance, déclare à France Info Denise Barker, représentante de la marque à New York. Boire du rosé, c’est être au soleil, comme à Saint Tropez, et passer un moment merveilleux avec vos meilleurs amis. C’est une super atmosphère. Notre cible, ce sont les personnes entre 21 et 35 ans, soit beaucoup de jeunes.” Je vous invite à aller faire un tour sur le site de Pinknic un événement extravagant dédié au rosé qui rassemble chaque année plus de 10.000 personnes dans la Big Apple.

5% de la production française de rosé est désormais exportée vers le Nouveau Monde. La France exporte du rosé vendu cher et importe du rosé pas cher. Voilà un bon business pour notre pays. L’Asie n’a pas encore goûté aux plaisirs du vin rosé français. Ce sera la prochaine bataille. Quand la Chine s’éveillera au rosé français…, l’Espagne nous sauvera de la pénurie de précieux nectar.

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